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Sur Gromadske.TV, interview aujourd’hui d’Olga Mousafirova, correspondante en Ukraine du quotidien russe Novaïa Gazeta :

C’est difficile de rattraper le temps perdu ! En 23 ans l’Ukraine n’a pas su comprendre ce qui se passait dans le Donbass et à quel point le mirage russe hypnotisait une population sans travail (je ne parle pas des mineurs, et ce n’est pas un hasard si ceux-ci sont en majorité pour l’intégrité de l’Ukraine).

Là-bas, ce n’est pas une crise politique, mais sociale et économique : une jeunesse désœuvrée vient de se trouver un but, des retraités nostalgiques rêvent de retrouver le giron soviétique. Il aurait suffi pendant toutes ces années d’informer les ukrainiens sur les réalités russes, leur montrer comment vivent les Russes, non pas à Moscou ou à Piter, mais dans les provinces, dans tous les « trous perdus » de cet immense espace. C’est trop tard maintenant : toute information en ce sens sera assimilée à de la propagande.

Mais il y aurait quand même des choses à faire ! Ne serait-ce que nourrir correctement les gardes-frontières ukrainiens. Cela vous étonne ? Je reviens de la zone près de la frontière, ce sont les babouchkas des villages voisins qui leur apportent à manger. L’atmosphère est lourde, les anciens disent qu’ils revivent l’année 41 avant l’entrée en guerre de l’URSS et qu’ils s’attendent à une guerre de partisans.

Vous me demandez quel rôle joue Akhmetov ? Pour beaucoup, essentiellement les chômeurs, c’est une sorte d’ « autorité », de parrain : ils s’imaginent que ce milliardaire va tout leur offrir sur un plateau. Ils n’ont pas compris que celui-ci a changé et qu’il joue son propre jeu.

Combien de temps va durer cette situation explosive ? Quelques jours, quelques semaines … Mais le 9 mai sera une date critique. Tout sera mis en œuvre alors pour provoquer des désordres dans les oblasts de l’Est. Ce sera la dernière chance pour la Russie de déstabiliser l’Ukraine et d’empêcher l’élection présidentielle de se tenir.