Interview du journaliste Oleg Kachine à lire ou écouter ici : http://echo.msk.ru/programs/beseda/1323270-echo/

Merkoulova : Oleg Kachine, d’après votre article, il semblerait que le premier ministre de la prétendue république de Donetsk Borodaï et Strelkov, le chef des terroristes, sont en relation étroite avec un oligarque russe ?

Kachine : Strelkov est fasciné par les reconstitutions historiques, avec uniformes et armes anciennes. Une sorte de gamin qui n’aurait pas grandi et continue de jouer avec ses petits soldats. Il prétend effectivement avoir été le responsable du service de sécurité de l’oligarque Constantin Maloféiev (Константин Малофеев), mais je n’en ai pas la preuve. En revanche, Alexandre Borodaï, que Strelkov a nommé 1er ministre, a travaillé longtemps avec Maloféiev. Ce dernier n’est pas qu’un milliardaire, il est également passionné par l’Histoire, l’orthodoxie russe et l’empire tsariste et il dépense énormément d’argent pour des reconstitutions historiques dans les environs de Moscou, mais il est passé au niveau supérieur en choisissant l’Ukraine orientale comme décor à sa guéguerre !

Merkoulova : Strelkov et Borodaï ont joué également un rôle en Crimée …

Kachine : En revoyant mes anciens reportages, je me suis rendu compte que c’est Strelkov, mais j’ignorais alors son nom, qui menait les pourparlers avec Bérézovsky, cet amiral ukrainien qui a été un des premiers à passer du côté de l’armée d’occupation. Strelkov s’est présenté comme un agent du GRU, l’espionnage militaire russe et Borodaï s’est vanté d’avoir fait appel à lui pour travailler ensemble. Bien avant le référendum, dès qu’Axionov s’est emparé du pouvoir avec l’aide des « petits hommes verts », Borodaï est devenu son « ministre de la propagande ».

Solomine : A votre avis, Maloféiév joue son propre jeu en Ukraine orientale ou obéit à des ordres ?

Kachine : On sait que Maloféiev a l’oreille du Kremlin, mais il est possible que Poutine se soit contenté de laisser faire sans pour autant donner d’instructions précises, se bornant peut-être à lui dire « après tout, vas-y, fais à ton idée ! » Cela expliquerait pourquoi on a maintenant l’impression que les séparatistes fassent un peu n’importe quoi et suivent leur propre plan, indépendamment de Moscou. Tout le contraire de ce qui s’est passé en Crimée.

Solomine : Il y a un point curieux dans votre article : vous écrivez que Secteur Droit, d’après vos informations et celles de Ioulia Latynina, recevait de l’argent de Ianoukovitch. Des rumeurs parlent des liens de Iaroch tantôt avec l’ancien gouvernement de Kiev, tantôt avec Moscou, qu’en est-il ?

Kachine : Déjà en 2006, une de mes sources affirmait que Iaroch avait aidé Moscou dans l’attentat contre Bassaïev, mais je n’ai pas de preuves. Une autre de mes sources, très fiable celle-là car en contact étroit avec Iaroch, m’a assuré que Iaroch était « sponsorisé » par Maloféiev. Et il y a un point intéressant : dans la Centurie Céleste, parmi tous les morts de Maïdan, il n’y a pas un seul membre de Secteur Droit. Les snipers ne tiraient pas sur eux ? Pour en revenir à Maloféiev, plusieurs explications sont possibles : il diversifie ses « investissements », en bon oligarque qu’il est, ou alors il faut en conclure que Secteur Droit n’est pas, comme on le pense, l’ennemi de Moscou, mais son allié objectif et un épouvantail bien commode pour Poutine. 

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