orekh

Je ne résiste pas au plaisir de traduire la dernière intervention d’Anton Orekh au sujet de la nomination en Russie de trois nouveaux sénateurs. A lire ou écouter en russe ici :

http://echo.msk.ru/programs/repl/1337102-echo/

 

« Si on envoie Ziouganov, Jirinovsky et Mironov comme ambassadeurs en Tanzanie … euh, pardon, si on les nomme sénateurs au Conseil de la Fédération, ça va quand même me faire un peu de peine.

J’ai du respect pour le talent de Jirinovsky à se remplir les poches et à gagner des voix aux élections en jouant sur la psychopathie de notre peuple depuis tant d’années, pour son talent à donner de la voix et à s’arracher les cheveux sur la tête des autres. Il y en a d’autres qui font ça, mais il est le seul que l’on récompense en le nommant vice-président, en le décorant de médailles et en l’envoyant pour sa retraite, non pas chez les infirmiers, mais chez les sénateurs.

Je souris en regardant Mironov qui dirige un parti ressemblant à la parodie d’une farce et je n’arrive pas à imaginer les gens qui votent pour lui. Et pourtant, il y en a !

Je regarde Ziouganov avec attendrissement, parce qu’il personnifie le lien entre les générations. Son existence en politique prouve que Lénine est plus vivant que tous les vivants, que Staline est avec nous, que la komsomolitude est main dans la main avec la pionnièreté et le BAM avec le Dniéprogress. Des millions de Russes sont coincés dans un passé que pour la plupart, à cause de leur âge, ils n’ont pas connu et, parce qu’il n’y a plus de titans comme Lénine ou Staline, c’est pour lui qu’ils votent. Lui, il distribue avec abnégation ses promesses de leur construire une vie lumineuse, tout en sachant qu’il n’aura en réalité rien à construire.

Ces trois hommes qui étaient à la Douma, ils vont me manquer, parce que leur départ est un signe de plus que ma jeunesse est passée. Quand Jirinovsky est apparu, je terminais le lycée. Quand Ziouganov a pris son élan, j’étais étudiant. Pour Mironov, c’était déjà les riches années 2000 de ma vie d’adulte. Je pensais que ces hommes étaient éternels, qu’ils allaient se présenter aux élections encore au moins cinq fois et qu’ils continueraient à frotter leur derrière sur les bancs de la Douma quand je serais parti à la retraite. Est-il possible que cela se termine ainsi ? Bien sûr, notre Conseil de la Fédération n’est pas un asile de vieillards ni une vieille organisation poussiéreuse. Mais qu’est-ce que vous savez de ce qui se passe entre ses murs ? Au moins, à la Douma c’est parfois la foire, souvent grâce à Jirinovsky, d’ailleurs. Mais les sénateurs, eux, ne font que tamponner des décisions prises pendant ces foires.

On dit aujourd’hui qu’en plus de Jirinovsky, Ziouganov et Mironov, on va envoyer au sénat, sur le quota présidentiel, tous les gouverneurs de régions qui ont perdu les élections. C’est-à-dire que plus on travaille mal, plus on reçoit d’honneurs. Ce ne sont pas des loosers, mais des SENATEURS ! Peut-on s’attendre à voir apparaître aussi dans notre sénat un cheval, pour imiter Caligula et sa jument ? Ou bien nos trois nouveaux ténors suffiront-ils pour mettre l’ambiance dans cette calme assemblée ? »