nevzorov

Тележурналист, режиссер и публицист, ведущий некогда культовой программы "600 секунд" Александр Невзоров - об украино-российской войне и пути к миру.

http://news.liga.net/interview/politics/2712999-nevzorov_klinicheskoe_chernosotennoe_lobbi_ochen_znachimo_v_kremle.htm

Extrait d’une interview d’Alexandre Nevzorov, un journaliste russe, célèbre pour ses émissions à la télé de Leningrad à la fin des années 80.

Question : Poutine prendra-t-il la décision d’envahir l’Ukraine ?

A. Nevzorov : Impossible de dire quelles décisions il prendra et ce serait irresponsable d’essayer de le deviner, étant donnée la situation. Personnellement, je serais partisan que l’armée russe pénètre sur le territoire ukrainien, mais seulement pour unir ses forces à celles de l’opération antiterroriste afin d’éteindre ensemble ce foyer de guerre. Ce serait une brillante manœuvre, dans le style de Napoléon, cela permettrait de réconcilier nos deux pays et d’oublier nos offenses mutuelles. Je ne sais pas si une telle option a été envisagée et si d’ailleurs quelqu’un d’autre que moi y a pensé en Russie. De mon point de vue, c’est la seule possibilité qui reste au Kremlin, mais j’ai peur que nos dirigeants n’aient pas l’intelligence nécessaire. Le lobby des extrémistes impérialistes, qui joue un rôle colossal au sommet du pouvoir, ne le permettrait d’ailleurs pas. Et pourtant, cela résoudrait la question de la Crimée : l’Ukraine aurait les mains liées et cesserait de la réclamer après une telle preuve d’amitié. La Crimée resterait un point sensible, certes, et les Ukrainiens garderaient le sentiment d’avoir été outragés, mais cela calmerait les passions.

Question : Quand vous proposez que l’armée russe aille combattre les terroristes du Donbass, vous niez donc qu’ils soient soutenus par la Russie ?

A. Nevzorov : Cette question n’a plus d’importance, il est temps d’avancer, car le risque est trop grand de voir se déclarer une guerre totale que la Russie ne pourra supporter. Il faut que la Russie et l’Ukraine ensemble arrêtent les terroristes et les liquident. On s’est déjà battu dans la petite Tchétchénie et on a vu ce que ça a donné : la Russie a perdu la guerre et paie maintenant des rançons gigantesques, morales et financières. Heureusement, Kadyrov fait pour l’instant semblant de servir Poutine, mais méfions-nous de son sourire en coin et de l’étincelle qui brille dans ses yeux.

Question : D’après les derniers sondages, plus de 80% de la population russe soutient l’agression contre l’Ukraine. Cela signifie-t-il que la propagande est allée tellement loin que Poutine ne peut plus reculer, à moins de décevoir son opinion ?

A. Nevzorov : Parlons franchement : c’est exact. Le show ne connaît plus de limites … Tenez, un exemple : des jeunes gars, sur une station de radio de Saint Pétersbourg, ont essayé il y a peu d’exprimer leur compassion pour l’Ukraine en passant à l’antenne la chanson « Les Russes veulent-ils la guerre ? ». Dès le deuxième couplet, il y a eu des coups de fil d’auditeurs criant à la provocation. Ils ont dû arrêter. La réponse est donc oui : les Russes veulent la guerre. Mais il ne faut pas accuser seulement Poutine pour tout ce qui arrive en Ukraine. Tout dirigeant dépend de sa société, il n’en est que le sommet.

Question : Il allume pourtant la mèche …

A. Nevzorov : Evidemment, car la société russe demande en permanence du spectacle. Le dernier qu’on a essayé de lui jouer s’appelait « la Grande Russie » mais ça a été un four. Le Kremlin a manqué d’expérience dans ce domaine, parce que le pays est encore jeune, il n’a que 23 ans, quoiqu’en disent les « Cent Noir » (extrémistes de droite) et les adeptes de la spiritualité russe.

Question : La Crimée, pour vous, elle est russe ou ukrainienne ?

A. Nevzorov : Elle était à l’Ukraine. Et il est arrivé un truc moche : alors que l’Ukraine gisait ensanglantée, la Russie lui a fait les poches et s’est emparée de la Crimée. C’est ce qu’on appelle un vol. Mais il arrive toujours un moment où les victimes d’un vol viennent réclamer leur bien.

Question : Les plus sensés dans l'entourage de Poutine veulent convaincre l’Occident qu’il n’y a pas d’autre alternative qu’une Russie dirigée par ce même Poutine pour empêcher l’arrivée au pouvoir de forces obscures et qu’il serait dangereux de chercher à le renverser, parce qu’un « Babaï » (le terroriste Mojaïev) pourrait prendre sa place. Vous partagez ce point de vue ?

A. Nevzorov : Pas un « Babaï », bien sûr, c’est du menu fretin. D’ailleurs, je n’appellerais pas ces terroristes des « chiens de guerre », ce sont tout au plus des yorkshire terriers. Mais même parmi les « Cent Noir » et les chauvinistes impérialistes, il n’y a aucune personnalité d’envergure.

Question : Les Russes sont-ils capables de renverser Poutine par les voies démocratiques ? Ou bien son règne ne cessera-t-il qu’à sa mort ?

A. Nevzorov : Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que la Russie voit en Maïdan un exemple qui la terrifie, car Maïdan a montré que la liberté, le courage, la volonté et le sérieux peuvent renverser n’importe quel régime. Poutine ne craint pas de nouvelles élections, elles seront mises en scène et leur résultat est prévisible. Rien à espérer de ce côté-là. (...)