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Cette vidéo annonce que le meeting du 13 septembre est annulé :

http://www.youtube.com/watch?v=KAOqiw4yny8

Mozgovoï déclare d'abord qu'il ne peut pas venir car il a une guerre à faire (!) puis Gleb Kornilov se répand en excuses : «Des pressions venues d'en haut ont obligé les autorités municipales à refuser l'autorisation, ils nous ont interdit d’installer une scène, ils veulent empêcher Strelkov de s’exprimer, certains ont même fait courir la rumeur que le Fond d'aide à la Novorussia était le projet de Sourkov, ce qui est un horrible mensonge ! Qu’ils aillent brûler en enfer, ceux qui veulent nous diviser après nous avoir imposé une trêve honteuse ! Quant à nous, nous continuerons à soutenir la Novorossia et ceux qui s’y battent depuis le début.»

orlova

Avant la conférence de presse de Strelkov de jeudi dernier et avant la nouvelle de l'interdiction du meeting de ce samedi, Orlova, une journaliste de la chaine russe Dojd’ avait demandé leur avis à plusieurs personnalités russes sur l’éventualité que Strelkov puisse jouer désormais un rôle politique en Russie.

http://tvrain.ru/articles/raduzhnye_perspektivy_est_li_politicheskoe_buduschee_u_girkina_strelkova_v_rossii-375134/

Boris Kagarlitsky (sociologue)

Orlova : Je voudrais d’abord vous lire cet extrait d’un texte de Douguine : « Ce patriote fidèle à Poutine qu’est Igor Strelkov est devenu une pierre d’achoppement car il personnifie le réveil du peuple. C’est la raison pour laquelle il a dû céder à l’ultimatum qui l’enjoignait de quitter la DNR. » Partagez-vous cette opinion ? Le pouvoir ne craint-il pas qu’après avoir soulevé le Donbass, Strelkov n’agisse de même dans les régions russes ?

kagarlitsky

Boris Kagarlitsky : Je crois que c’est beaucoup plus compliqué, car on a fait de Strelkov un véritable mythe : ce n’est pas Strelkov lui-même qui pose problème au Kremlin, mais la légende qui désormais l’entoure et sa popularité grandissante. Ce qui gêne le Kremlin, c’est qu’il est, à n’en pas douter, un homme de principe et, aussi étrange que cela paraisse, qu’il n’ait aucune ambition politique. Il peut donc devenir assez incontrôlable, car il ne fait que ce qu’il juge nécessaire de son point de vue de militaire et peut ainsi contrarier les objectifs que poursuivent les politiciens du Kremlin dans le Donbass. Les échecs se répétant, il leur a semblé que Strelkov en était une des causes, ils l’ont donc démissionné et essaient maintenant de l’utiliser à leurs fins en Russie, mais je doute qu’ils y parviennent.

Orlova : Et pourtant, on dit qu’il s’exprimera en public lors d’un meeting à Moscou. Est-ce la preuve qu’il est incontrôlable ou bien agit-il en accord avec le Kremlin ?

Kagarlitsky : Disons tout de suite qu’on ne sait pas s’il y participera, car il n’a jamais montré d’intérêt pour un rôle politique quelconque. Nous verrons samedi s’il est présent. On lui a fait quitter Donetsk parce qu’il gênait les plans de l’administration présidentielle, mais il est impossible de le faire disparaître du paysage russe, c’est un citoyen, il a le droit de participer à un meeting. Je crois qu’on lui a donné les règles du jeu et qu’il s’y tient. Il sait qu’il peut dire et écrire ce qu’il veut, mais qu’il ne doit pas toucher à Poutine. Mais il est possible qu’il s’en prenne à son entourage et aux autres figures du Kremlin.

Orlova : A votre avis, pourrait-il prendre la tête du mouvement nationaliste russe ?

Kagarlitsky : Non, parce qu’il ne le veut pas, il l’a dit à plusieurs reprises, il n’est pas un homme politique, et il considère ce fait comme une de ses qualités. Devenir un symbole, oui. Mais pas un leader.

Orlova : Vous dites qu’il ne s’en prendra jamais à Poutine, mais qu’il pourrait bien s’attaquer à ceux qui l’entourent au Kremlin. A qui pensez-vous ?

Kagarlitsky : Nous avons déjà vu qu’il était entré en conflit avec Sourkov et peut-être avec d’autres membres de l’administration présidentielle, on a dû le prévenir que s’il ne voulait pas avoir de problèmes, il devrait s’en tenir à la critique de la périphérie et ne jamais s’attaquer au centre. Je ne lui vois pas d’avenir politique car il n’est pas un idéologue. Il a certes des idées, à mon sens un peu bizarres, mais cela ne suffit pas pour en faire le leader d’un parti.

Fiodor Kracheninnikov (politologue)

Orlova : Strelkov avait disparu après sa « démission » et certains experts ont alors émis l’hypothèse qu’on ne le laisserait pas rentrer en Russie. Il est actuellement à Moscou : cela signifie-t-il que le pouvoir n’a pas peur de lui ?

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Kracheninnikov : Pourquoi en aurait-il peur ? Je n’arrive pas à comprendre ce slogan que tous reprennent en chœur : « un leader vient de surgir du peuple ». Cela veut dire quoi « surgir du peuple » ? Cet homme a fait carrière dans les services spéciaux, il a l’habitude d’apparaître et de disparaître un peu partout, d’abord en Crimée puis dans le Donbass. Il n’a pas surgi comme ça ! S’il était un leader populaire ayant décidé de sa propre initiative d’aller combattre dans le Donbass, alors j’ai une question : pourquoi a-t-il obéi si facilement à l’injonction de quitter Donetsk et de laisser la place à d’autres ?  Qui aurait osé donner cet ordre à un « leader populaire » ? Mais cet homme avait été tout simplement envoyé en mission par le parti au pouvoir et a été démis quand on a constaté ses échecs ! Pourquoi a-t-il échoué ? Je soupçonne qu’il n’avait pas tout à fait le bon profil, c’est un spécialiste des guerres de diversion et on avait besoin d’un homme capable de diriger une armée, ce pour quoi il n’était pas préparé. Il a donc été rappelé, mais vous voyez bien qu’on ne l’a ni tué ni jeté en prison, comme l’affirmaient en pleurant les « scénaristes » russes qui avaient eu le temps de faire de lui une icône de l’insoumission. Je ne serai pas étonné si, avec le temps, on ne le découvre soudain député à la Douma sur la liste de Jirinovsky ou du parti Rodina.

Orlova : Strelkov pourrait-il devenir un des leaders du mouvement nationaliste russe ?

Kracheninnikov : Mais qu’est-ce que le mouvement nationaliste ? Poutine, son parti et les groupes au pouvoir ont une conception très précise du paysage politique dont ils ont besoin : ils s’inventent leurs propres opposants en choisissant les bons partenaires pour jouer le rôle de l’opposition. Ziouganov est un « bon » partenaire, comme Jirinovsky et Mironov. Ils ont essayé de jouer avec Navalny. Ce n’était pas un « bon » partenaire, exit Navalny, on le traîne devant les tribunaux pour s’en débarrasser. Seulement voilà : ils ont constaté des poussées de fièvre nationaliste et ne savent plus comment faire pour calmer le jeu. Jirinovsky devient sénile, il fatigue tout le monde, il faut mettre en orbite de nouveaux personnages, faire d’eux des symboles du nationalisme, même si les vrais nationalistes ne les reconnaissent pas pour leurs leaders. C’est ainsi que j’explique l’arrivée en scène de ces Strelkov, Borodaï, Goubariev, Babaï et compagnie. On va les mettre sur une tête de liste, l’électorat nationaliste votera pour eux et on les retrouvera députés à la Douma. Strelkov étant une création de Poutine, on est assuré de sa loyauté et on pourra le contrôler. D’après ce que je sais, il n’a toujours pas compris qu’il devait son renvoi en Russie à Antyouféïev, le KGBiste de Transnistrie envoyé dans le Donbass pour faire le ménage.

Orlova : Strelkov peut-il espérer devenir plus qu’un député ?

Kracheninnikov : Bien sûr que non : dès qu’il sort du cadre de ses compétences militaires, il est incapable de prendre des décisions de son propre chef. Son seul credo est « Je suis loyal à ma patrie et ma patrie, c’est Poutine. »

Boris Nemtsov, député de la Douma régionale de Yaroslavl

Orlova : Strelkov peut-il devenir député ou, qui sait, occuper un rang plus élevé ?

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Nemtsov : C’est vrai qu’il se distingue des autres par ses convictions et ses idées. Ses idées sont absolument démentes (l’Ukraine n’existe pas, le peuple ukrainien n’existe pas, il faut tout refonder et construire un empire) mais il ne s’agit pas de ça : en comparaison avec le cynisme, la cupidité et le mensonge qui règne dans ce milieu, il apparaît comme un personnage sincère et convaincu. Cela provoque l’intérêt, car on n’a plus l’habitude de voir ce genre de qualités dans notre paysage politique. Mais d’après les interviews qu’il donnait, je n’ai pas l’impression qu’il rêve de devenir député, je crois que dans ses rêves il a d’autres ambitions !

Orlova : Lesquelles, à votre avis ?

Nemtsov : Il est obsédé par l’idée de construire un empire et de détruire tous les états indépendants qui entourent la Russie, et peu lui importe si c’est en qualité de colonel, de chef des armées de la DNR, ou de leader de la Novorussia. Mais Poutine a peur de ce genre d’illuminés maximalistes, donc je ne vois pas Strelkov avoir un quelconque avenir politique dans la Russie poutinienne.

Orlova : Même dans l’opposition ?

Nemtsov : C’est un militaire, il a le sens de la hiérarchie. Il est possible qu’il considère Poutine avec scepticisme, voire mépris, mais c’est le commandant en chef des armées et il lui doit obéissance. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a accepté de se suicider d’un point de vue politique et militaire en quittant le Donbass, laissant ainsi la place à des séparatistes plus loyaux au régime et plus manipulables.  Je pense que son destin maintenant va être d’aller de meetings en conférences de presse, comme une icône portative qu’emmènera Douguine dans ses pérégrinations de propagandiste du « Projet Novorussia »

Orlova : Pourquoi tant de gens ont-ils la conviction que Strelkov est un idéaliste ?

Nemtsov : Je sais faire la distinction entre un homme sincère et un menteur. Cet homme a combattu en Serbie et en Tchétchénie, il y a une sorte de constante dans ses choix de vie. Les gens sont tellement fatigués de voir au sommet du pouvoir des voleurs, des menteurs et des manipulateurs que Strelkov leur paraît en comparaison une figure honnête et non corrompue, ce qui peut attirer leur sympathie. 

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