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Le metteur en scène de théâtre Pavel Iourov et son ami Denis Grichiouk ont été retenus en otages 70 jours par les terroristes de Slaviansk, à l’époque sous le commandement de Strelkov.

Pavel Iourov рассказывал Павел Юров : « Ils m’ont cassé le nez dans les locaux du SBU. Après on a été emmenés dans un garage et là ils nous ont frappés à coups de poing et de pied sur la tête et le corps. Ils ont entaillé la main de Denis avec un couteau. Ils ont appelé une sorte d’infirmier qui essayait de suturer sa plaie tandis que les autres continuaient à le tabasser. Ils m’ont mis du coton dans le nez pour arrêter l’hémorragie tout en continuant à me frapper dans le dos."

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Pavel et Denis sont restés dans les caves du SBU puis dans une cellule d’un commissariat de police jusqu’à la libération de Slaviansk par l’armée ukrainienne.

Pavel a décidé de raconter sur une scène de théâtre ce qui se passe dans l’Est ukrainien. Il a donné lecture de sa pièce « Le théâtre de la guerre du Donbass » à Cologne au cours du festival Globalize: CologneCe projet porte un second titre : « Novorussia. Théorie et pratique

Pavel Iourov : « Mon but était de montrer le fossé qui sépare les déclarations et la propagande de la réalité de la situation. Le texte a été écrit en collaboration avec Alena Kassilova et contient des fragments d’interviews donnés à Radio Svoboda, dont ceux avec Irina Dovgan  Ириной Довгань et le responsable du syndicat indépendant des mineurs Nikolaï Volynko Николаем Волынко. J’ai également utilisé l’interview des séparatistes Antyouféïev Антюфеевым et Borodaï Бородаем par Pavel Kanyguine de Novaïa Gazeta.

http://www.svoboda.org/audio/26642736.html :

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La pièce parle de ma propre expérience et de ce qui est arrivé à mes amis et à mes proches. Je voulais mettre face à face les adversaires, construire une sorte de dialogue entre eux, chose impossible dans la réalité, mais que permet l’art théâtral. Je me suis rendu compte que les forces en présence étaient au nombre de trois : les pro-russes, les pro-ukrainiens et les pro-Donbass, et ces derniers passent alternativement d’un côté à l’autre en fonction de la situation. Cela rend difficile toute évaluation réelle de la politique à mener. C’est un problème pour l’Ukraine et en même temps un avantage, car cela affaiblit la position des séparatistes en provoquant dans leurs rangs des frictions et des règlements de compte.

Vous me demandez si le projet moscovite « Novorussia » a un avenir ? De même que je pariais sur Ianoukovitch pour faire de telles erreurs qu’elles serviraient en fin de compte la cause de Maïdan, de la même façon tous mes espoirs reposent sur les séparatistes : ils vont causer un gâchis d’une telle ampleur que la Russie sera incapable de nettoyer leur dépotoir et cela permettra peut-être la réunification entre le Donbass et l’Ukraine.

Le 15 septembre, je suis revenu à Slaviansk, je n’y ai passé qu’une seule journée. La ville revit. Beaucoup de jeunes, beaucoup de voitures. On sent la présence de l’armée ukrainienne, mais les habitants se sont accoutumés à les voir patrouiller en armes. Mais j’ai l’impression qu’ils attendent de savoir qui sera le vainqueur pour prendre parti. Je les crois assez déprimés.

Si on réfléchit bien, Slaviansk est une ville de 120.000 habitants et si seulement une poignée d’entre eux s’étaient mobilisés au début pour s’opposer aux premières actions séparatistes, rien de tout cela n’aurait eu lieu. Au plus fort des combats les terroristes étaient au nombre de 6.000, mais en avril ils étaient moins d’une centaine ! Ils se sont emparés des administrations et personne n’a eu le courage de réagir et de sortir dans la rue. Il m’est pénible de constater qu’ils ne l’auraient toujours pas aujourd’hui.

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J’ai revu la cellule où nous avions été enfermés : il n’y avait plus de danger, j’étais accompagné par une équipe de télévision, mais un sentiment de peur ne m’a pas quitté. Le seul moment où je me suis senti en sécurité, c’est lorsque le journaliste m’a interviewé dans la cellule après en avoir fermé la porte : cette porte close, c’était une protection contre le monde extérieur. De l’autre côté, pour moi, c’était toujours les séparatistes …

J’ai gardé le contact avec d’autres otages, avec Denis, avec Sergueï Lefter Сергеем Лефтером et Igor Opreï. Je viens d’apprendre la libération du journaliste de Lvov, Youri Lelyavsky, qui a été fait prisonnier deux fois, d’abord avec nous à Slaviansk pendant une semaine, puis à Lougansk. Je suis heureux qu’il soit enfin libre.

Concernant la plainte que je me prépare à déposer contre la Russie auprès du tribunal à Strasbourg, les choses avancent, mes camarades ukrainiens du groupe d’Helsinki m’ont dit qu’un avocat britannique s’était chargé du dossier. Je n’attends aucune compensation financière, seulement la reconnaissance du rôle de la Russie dans ma détention. »