J'ai écrit ce conte de Noël il y a quelques années, il s'agissait alors d'une autre guerre ...

TRÊVE À GROZNY

Sacha plaça la carotte, recula de deux pas pour admirer le résultat. Encore un de fait. Il remit ses gants. Un bonhomme de Noël, ça se travaille à la main, c'est comme une pâte qu'on fait lever et qu'on flatte pour qu'elle devienne un beau pain blond. On n'a jamais vu un boulanger pétrir avec des moufles, quand même !

Il passa dans la cour suivante. Elle avait moins souffert que les autres, mais il hésita au moment de commencer et fit une rapide prière : qu'allait-il trouver cette fois-ci sous la neige, une grenade pas encore explosée, un corps déchiqueté ? Il se débarrassa de sa kalachnikov, sortit une bouteille de vodka de son havresac, but une longue rasade et croqua un bout de carotte pour calmer la brûlure de son estomac. Tant pis, sa prochaine sculpture aurait le nez cassé…

Quand il eut terminé son ouvrage, il s'accroupit et alluma une cigarette. Dans la brume du soir qui tombait il laissa son regard errer sur les façades muettes. D'un balcon dévasté pendait une luge. Il devina, derrière une fenêtre intacte, un visage collé à la vitre couverte de givre.  Il ressortit la bouteille et l'agita dans la direction du survivant. Et se mit à siffloter. Un vieil air de par chez lui, à Irkoutsk, qu'on chante à Noël pour la veillée.

Djaffar apparut en haut des marches. Du pied, Sacha repoussa plus loin la mitraillette et lui fit signe d'approcher. L'adolescent, grelottant dans sa veste ouatinée en haillons, s'assit près de lui. Il but avec avidité au goulot et sortit de sa poche un vieil oignon noirci qu'il offrit à Sacha. Ils demeurèrent ainsi silencieux, buvant à tour de rôle, abîmés dans la contemplation du bonhomme de neige.

Lorsqu'il fut temps pour lui de rejoindre son unité, Sacha se leva et, tapant des pieds pour se réchauffer, lança : « Joyeux Noël, gamin ! » « Joyeuse Paix, le Russe ! » répondit le jeune Tchétchène et ils se séparèrent.

Noel

25 DECEMBRE 2013

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La journaliste Tetiana Tchornovil a été sauvagement battue dans la nuit de Noël par deux inconnus qui l'ont forcée à s'arrêter tandis qu'elle conduisait dans la banlieue de Kiev.  Elle a le nez cassé, souffre d'une commotion cérébrale et de multiples autres traumatismes. Elle avait passé la journée de la veille à photographier les maisons de Zakhartchenko, le ministre de l’Intérieur, et de Pchonka, le procureur général et posté immédiatement les photos sur son blog, avec la légende « C’est ici que vivent les bourreaux du peuple ukrainien. » 

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Andreï Parouby : « Nous ne laisserons pas Ianoukovitch faire une campagne de terreur contre les militants pro-européens ». Un autre militant pro-européen, Dmytro Pilipets, a été poignardé cette même nuit à Kharkiv par des inconnus. 

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Le ministère de l’Intérieur fait savoir que deux suspects ont été arrêtés et insinue qu’il s’agit d’une provocation de l’opposition visant à discréditer le pouvoir. Plusieurs centaines de personnes manifestent devant le ministère de l'Intérieur, brandissant des portraits de la journaliste agressée. 

Récit de cette journée sur TSN :

https://www.youtube.com/watch?v=Pl7v3WPxe1I

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