L’Institut Russe d’Etudes Stratégiques (IRES) faisait partie jusqu’en 2009 du Service du Renseignement Extérieur (SRE). Il a été ensuite transformé en une structure dépendante de l’Administration Présidentielle.

rechetnikov

Un lieutenant-général en retraite du SRE, Leonid Rechetnikov, en a pris la direction. Ici, traduit en français par l’inénarrable Kochko, un entretien avec lui en décembre 2014 sur une chaîne stipendiée par le Kremlin, pour avoir une idée du personnage :

https://www.youtube.com/watch?x-yt-cl=84838260&x-yt-ts=1422327029&v=ROv4EO3RyNc

sytine

Alexandre Sytine, docteur en sciences historiques, a travaillé 10 ans à l’IRES, mais la nouvelle orientation des travaux de l’Institut et des divergences avec sa hiérarchie l’ont amené à démissionner. Il a fait alors paraître un article sur Facebook le 3 janvier de cette année, intitulé « Anatomie d’un échec : mécanisme des prises de décision du Kremlin en matière de politique extérieure. »

https://www.facebook.com/alexander.sytin/posts/772114072866973

Il s’agit d’un récit à la fois drôle et effrayant dans lequel il dévoile qui sont les personnes qui construisent l’idéologie de l’administration poutinienne et poussent ainsi le pays vers la guerre et la rupture de ses relations avec l’Occident.

Quelques extraits de son article : « Alors qu’il travaillait encore dans les Balkans, Rechetnikov est soudain « entré en religion ». Ce communiste, qui avait appartenu au KGB soviétique, s’est d’un seul coup pris de passion pour l’orthodoxie,  les Russes blancs et la renaissance spirituelle et territoriale de l’Empire. Il s’était mis en tête de construire un panthéon en l’honneur des gardes blancs qui, fuyant la Crimée pendant la révolution bolchévique, s’étaient réfugiés sur l’île grecque de Lemnos et y étaient presque tous morts de faim, parce qu’incapables de subvenir à leurs propres besoins. La lubie inoffensive d’un vieil homme à la retraite a été une des prémisses de l’immense échec analytique qui a suivi.

Avec sa nomination, on a commencé à voir à l’Institut de nouveaux collaborateurs, des gens qui se laissaient pousser la barbe et faisaient tous leurs efforts pour ressembler aux gardes blancs qu’ils avaient vus dans les films soviétiques, copiant leurs manières et manifestant de toutes les façons possibles leur appartenance à la religion orthodoxe. Des icones trônaient à côté de leurs ordinateurs et ils se signaient ostensiblement avant de manger leur soupe à la cantine. Ceux qui travaillaient déjà là auparavant ont suivi le mouvement. Quand je m’en étonnais auprès d’eux, ils me répondaient qu’avec le « régime précédent » ils avaient été contraints de dissimuler leurs idées orthodoxo-impériales de gardes-blancs.

Pour étudier le Mouvement blanc et corriger les « falsifications de l’histoire russe » un centre d’analyse a été créé au sein de l’Institut grâce à des fonds donnés par l’Administration Présidentielle, donc pris sur le budget de l’état. Il était dirigé entre autres par Mikhaïl Smoline et Piotr Moultatouli, un descendant du cuisinier de la famille impériale qui avait été fusillé avec elle dans la maison Ipatiev en 1918. Rechetnikov était en adoration devant lui. Je l’ai entendu dire, lors d’un banquet à l’Institut : « Moultatouli est un saint ! Je vois un nimbe au-dessus de sa tête. Vous ne pouvez pas l’apercevoir à cause de vos péchés et de votre peu de foi. Moi, je le vois ! »

Des hommes en soutanes venaient de plus en plus souvent aux conférences et, pendant les repas de fête au sein de l’Institut, on avait droit à des chœurs de moines ou de cosaques et des duos de balalaïkas. Tous les carriéristes de l’Institut n’avaient plus qu’un but : être admis dans le « Groupe du Panthéon de Lemnos » et pouvoir participer à l’organisation des « Journées russes de Lemnos », ce qui prouvait leur loyauté au directeur et en même temps témoignait de la bienveillance de celui-ci à leur égard. Les gardes blancs de Lemnos étaient devenus les idoles de l’Institut !

Gouzenkova

Tamara Gouzenkova, directrice-adjointe de l’Institut et spécialiste de l’Ukraine, s’est retrouvée à la tête du Centre d’études du Proche-Etranger. Son credo et celui de son équipe était : « L’Ukraine n’existe pas, seule existe la Malorossia », « l’état ukrainien n’est qu’un bluff, c’est un état avorté, le résultat de la destruction de l’empire russe par les bolchéviques », « la langue ukrainienne a été fabriquée artificiellement par les Autrichiens et les Polonais dans le but de ruiner l’unité russe » et j’en passe … Tout cela était accompagné d’une haine féroce pour les occidentaux. « Nos valeurs ne sont pas les mêmes, ils mettent l’Homme au centre de leur civilisation. Nous, nous y mettons Dieu. » Ajoutez à ce cocktail antisémitisme et homophobie, et vous aurez le tableau complet des thèses en vigueur au sein de l’Institut.

Les experts de l’IRES ont accueilli avec ferveur et enthousiasme l’annexion de la Crimée et ils ont entrepris de convaincre leurs commanditaires à l’Administration présidentielle de la nécessité de soutenir la Novorussie. Ils les bombardaient de fiches décrivant ce qu’il fallait faire : organiser des groupes de combat clandestins pro-russes au cœur de l’Ukraine, envoyer des saboteurs pour préparer la marche en avant vers Marioupol, Nikolaïev et Odessa et faire ainsi la jonction avec la Transnistrie pour réunir toutes ces terres à la Russie, la Crimée n’étant qu’une étape. Jamais ils n’évoquaient dans leurs notes à l’Administration une résistance possible de l’Ukraine, une mobilisation de son armée ou la formation de bataillons de volontaires, et encore moins des sanctions éventuelles de la part des USA ou des pays de l’Alliance.

En octobre 2014, Guirkine (Strelkov), que Rechetnikov nous a présenté comme son ami, est devenu un invité fréquent à nos réunions.»

(A suivre ...)

Des agents russes avaient kidnappé Nadia Savtchenko en juillet et l'avaient transférée en Russie ? On lui a rajouté un nouveau chef d'accusation : franchissement illégal de la frontière ...

Nadia entame son 49ème jour de grève de la faim, à présent dans la prison de Matrosskaïa Tichina, de sinistre réputation.

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