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Andreï Chipilov est un Russe qui vit désormais en Occident. Voici la traduction d’un de ses textes que m’a fait découvrir Dimon, un lecteur de ce blog. Son titre : "Comment j'ai failli perdre la raison"

http://shipilov.com/realtime/205-rasskaz-o-tom-kak-u-menya-chut-ne-s-ekhala-krysha.html

Il se trouve qu’à cause de tristes problèmes familiaux j’ai dû passer la journée d’hier à circuler en voiture dans le pays de Mordor (*terme emprunté à Tolkien pour désigner la face sombre de la Russie) avec la radio mordorienne allumée en permanence. Pas la télé, juste la radio. Toutes les nouvelles, absolument toutes, concernaient d’une façon ou d’une autre la junte fasciste de Kiev et l’agression américaine contre la Russie.

J’en ai appris des choses, dont je ne soupçonnais même pas l’existence !

J’ai appris que la junte de Kiev voulait mobiliser tous les hommes de plus de 18 ans et les obliger par la force à se battre contre leur propre peuple. Mais la mobilisation a échoué, car ils se sont tous enfuis en Russie pour y échapper.

J’ai appris que les soldats kiéviens, ayant compris à leur retour du front qu’ils avaient été trompés, se sont mis à saccager les bâtiments du gouvernement, signe du commencement d’un 3ème Maïdan et de la fin prochaine de ces marionnettes américaines que sont Porochenko et Iatséniouk. Que le peuple ukrainien n’attend que ce moment pour se jeter dans les bras de la Russie, sa véritable mère, en pleurant des larmes de joie. Pour empêcher cela, la junte de Kiev a installé des barrages gardés par des détachements spéciaux qui fusillent les soldats kiéviens lorsqu’ils cherchent à fuir les zones de combats. Quant aux rues de Kiev, elles sont patrouillées par le Secteur Droit qui tabasse tous ceux qui forment des rassemblements de plus de deux personnes.

J’ai appris, et pas de n’importe qui, de la bouche du recteur d’une université russe, qu’au sein même de la junte la situation est catastrophique. Que Porochenko est très mécontent de n’être qu’un pion de 2ème catégorie entre les mains de l’Amérique et de devoir obéir au pion de 1ère catégorie qu’est Iatséniouk alors qu’il est son subordonné. C’est pourquoi Porochenko se débarrassera bientôt de Iatséniouk, ce qui accélèrera la chute de la junte de Kiev.

J’ai appris que la junte de Kiev méprise la grandeur d’âme et les valeurs humaines. Lorsque, dans leur héroïque combat pour défendre la population civile du Damebasse (*écrit ainsi par l’auteur du texte) contre les bombardements barbares de Kiev, les insurgés ont encerclé son armée fasciste à Déballemoiça (*le nom est également déformé dans l’original), ces fous furieux de Kiéviens ont envoyé sur les paisibles habitants de Donetsk des bombes au phosphore et à sous-munitions, ce qui est formellement interdit.

J’ai appris que les insurgés, guidés par leur profonde humanité, ont fait exprès de ne pas fermer complètement cette poche pour que la population civile puisse être évacuée loin des tirs de Kiev, mais la junte de Kiev a bombardé les autobus qui les emmenaient et elle a utilisé ce couloir humanitaire pour que le Secteur Droit puisse venir en renfort auprès des fascistes de Kiev assiégés dans la poche.

J’ai appris quel est le but principal de l’Amérique : conquérir la Russie, mais comme elle en est incapable, l’humilier le plus possible.

J’ai appris que l’armée russe est la plus puissante du monde et que, lorsque Merkel et Hollande s’en sont rendus compte, ils se sont précipités chez notre président pour lui demander humblement pardon. Mais Obama leur a crié dessus. Alors, tout penauds, ils se sont empressés d’aller lui demander de nouvelles instructions.

J’ai appris que dès les années 90 l’Amérique avait installé ses créatures dans les structures de l’état russe et qu’elles font maintenant œuvre de sabotage, ce qui explique l’inflation et la chute du rouble. Mais la vigilance de nos organes de sécurité, de notre président en personne et des simples citoyens a permis de découvrir à temps le pot aux roses et très prochainement ces malfaisants seront démasqués et punis, quels que soient les postes éminents qu’ils occupent. Le dollar vaudra alors de nouveau 30 roubles, les prix reviendront au niveau qu’ils avaient en 2007. (Ne me demandez pas pourquoi 2007, je vous rapporte juste ce que j’ai entendu.)

J’ai appris, et pas de n’importe qui, de la bouche d’un professeur, docteur en sciences économiques, que les USA se sont mis d’accord avec les Arabes pour baisser le prix du pétrole et ruiner de cette façon la Russie. Mais les Américains ignoraient que le pétrole n’est pas la principale source de nos revenus, et c’est là leur grande erreur. Nous en avons profité pour conclure nos propres accords avec les Arabes, et ceux-ci désormais font baisser le prix du barril, non pas pour nous ruiner, mais pour mener les USA à la catastrophe, parce que le prix du pétrole est vital pour eux, alors que nous on s’en balance.

J’ai appris que lorsque l’Union Européenne a introduit l’embargo sur les produits exportés vers la Russie (car les sanctions, voyez-vous, c’est ça) elle a commis une immense erreur, car son économie est maintenant en train de s’effondrer à cause des marchés qu’elle a perdus, tandis que notre agriculture se développe avec un dynamisme impétueux, n’ayant désormais plus de concurrents occidentaux. Pour confirmer ces propos, suivait une interview de l’heureux propriétaire d’une usine qui n’arrivait pas autrefois à écouler sa production et qui croule désormais sous les commandes.

Pendant une journée entière, ce flot verbal s’est déversé sur moi sans interruption, accompagné d’arguments faisant appel à la logique et toujours appuyé sur des témoignages d’experts aux titres ronflants.

Quand la nuit est tombée, j’ai senti que je serrais les poings dans un élan de haine pour les facho-bandero-nationalistes, que dans mon cœur naissait une envie irrépressible d’aller me battre dans le Damebasse pour protéger la Patrie de l’agression américaine.

A peine ai-je éprouvé ces émotions qu’elles se sont aussitôt évanouies, mais voilà ce que je veux vous dire, mes frères. Si je n’avais pas vécu ces trois dernières années en Europe, loin de cette radio et de cette télévision, si je n’avais pas eu dans mes relations des gens bien placés dans différentes structures de la Fédération de Russie et qui m’informent avec cynisme sur la réalité de la situation, ce fulgurant accès de haine n’aurait pas disparu, il se serait définitivement emparé de moi.

Un écrivain, Tchékhov, je crois, mais je n’en suis pas sûr, a dit un jour « si vous plongez un petit concombre tout frais dans un bocal de cornichons salés, il aura beau se démener et lutter de toutes ses forces, tôt ou tard il se retrouvera salé comme les autres. »

Mais au moins ce jeune concombre fait de la résistance et a conscience qu’il se saumure et se cornichonne. Ici, c’est différent : depuis de nombreuses années, jour après jour, on a ajouté dans le bocal de concombres qu’est la Russie un tout petit grain de sel. Minuscule. Tellement minuscule que les concombres ne le remarquaient pas. Jusqu’au jour où ils se sont retrouvés cornichonnés à point. Mais eux sont convaincus d’être toujours des concombres, puisque personne ne les a salés.

Quand un concombre frais, un vrai de vrai, tombe brutalement dans la saumure, il est saisi d’épouvante, un peu choqué à cause du sel, mais surtout désespéré parce qu’il n’arrive pas à expliquer aux cornichons qui l’entourent qu’ils sont des cornichons, tellement ils sont convaincus du contraire, répètant comme un credo « Nous, on est des petits concombres tout frais, personne ne nous a salés, les cornichons, c’est les autres, puisqu’ils ne sont pas comme nous ! »

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Bon, et Minsk, me direz-vous ? La rencontre a commencé par deux mini-scandales, dûs à deux journalistes russes. Alors que Porochenko pénétrait dans le Palais de l'Indépendance et s'avançait vers Loukachenko, Pavel Zaroubine, qui travaille pour la chaîne Rossia 1, s'est mis à hurler à deux reprises "Pourquoi vos armées bombardent-elles la population civile de Donetsk ?" Le service de sécurité l'a fait sortir et l'a privé de son accréditation. https://www.youtube.com/watch?v=5ZiCKUNUkzY

Alexandre Iounachev, un journaliste de LifeNews, ayant commenté en direct pour sa chaîne la façon dont étaient habillés ses collègues ukrainiens ("quelle inconvenance de leur part de se montrer ici avec des vêtements portant des symboles ukrainiens !"), un groupe de reporters ukrainiens s'est approché de lui pour lui demander de s'expliquer. Le Russe s'est alors jeté sur Olga Kochelenko de la chaîne TSN en lui aboyant au visage comme un dément. Son rédacteur en chef, Anatoly Souleïmanov, l'a félicité dans un tweet : A la place de Sacha, moi je leur aurai pissé dessus, sur ces "collègues" ! https://www.youtube.com/watch?v=SnvCOPC0stA

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La dernière fois qu'on avait vu quelqu'un casser un crayon sous l'empire de la colère, c'était Ianoukovitch. Cette nuit, ce fut Poutine : 

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Porochenko à 4 heures du matin :

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D'après les bruits qui courent, le sort de Nadia ne va pas changer : quand on évoque les échanges de prisonniers, Poutine s'obstine : "Cela ne peut concerner que ceux qui se trouvent actuellement en Ukraine." Ce qui exclut de facto Savtchenko et Sentsov ...

62ème jour

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