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A la veille de cette semaine judiciaire, quelques phrases tirées du Procès de Franz Kafka pour mieux comprendre ce qui attend Nadia S. et Oleg S. :

Vous vous conduisez pire qu'un enfant. Que voulez-vous donc ? Vous figurez-vous que vous amènerez plus vite la fin de ce sacré procès en discutant avec nous les gardiens, sur votre mandat d'arrestation ou sur vos papiers d'identité ? Nous ne sommes que des employés subalternes, nous nous connaissons à peine en papiers d'identité et nous n'avons pas autre chose à faire qu'à vous garder dix heures par jour et à toucher notre salaire pour ce travail. C'est tout ; cela ne nous empêche pas de savoir que les autorités qui nous emploient enquêtent très minutieusement sur les motifs de l'arrestation avant de délivrer le mandat. Il n'y a aucune erreur là-dedans.

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Dans ces conditions, la défense est naturellement dans une position très défavorable et délicate. Mais c'est à dessein, là encore. Il faut vous dire que la défense n'est pas à proprement parler autorisée par la loi, mais seulement tolérée ; encore tout le monde n'est-il pas d'accord sur l'interprétation des textes législatifs qu'invoquent les partisans de cette tolérance.

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On veut exclure la défense, autant que faire se peut ; tout doit reposer sur l'accusé. C'est un point de vue qui n'est pas mauvais, au fond ; mais ce serait une grave erreur d'en conclure que devant ce tribunal un accusé n'a pas besoin d'avocats. Au contraire, aucun autre tribunal ne rend leur présence aussi nécessaire. C'est qu'en général la procédure y reste secrète non seulement pour le public, mais aussi pour l'accusé.

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L'homme ne fait qu'arriver vers la Loi, le gardien y est déjà. C'est la Loi qui lui assigne son service, et douter de sa dignité reviendrait à douter de la Loi.

- Je ne souscris pas à cette opinion, dit Joseph K. en secouant la tête, car si l'on s'y rangeait, il faudrait tenir pour vrai tout ce que dit le gardien. Or cela n'est pas possible, tu l'as toi-même démontré tout au long.

- Non, dit le prêtre, on n'a pas à tenir tout pour vrai, on a seulement à le tenir pour nécessaire.

- Triste opinion, dit K. ; c'est le mensonge érigé en loi de l'univers.

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J'ai demandé à l'inspecteur pourquoi j'étais arrêté. Que croyez-vous qu'ait répondu cet inspecteur, que je vois encore comme s'il était devant moi, installé sur la chaise de ma respectable voisine comme une vivante image de l'arrogance la plus stupide ? Eh bien, messieurs, il n'a au fond rien répondu ; peut-être qu'il ne savait vraiment rien ; il m'avait arrêté et cela lui suffisait.

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Il ne fait pas de doute que tous les agissements de ce tribunal (ainsi, dans mon cas, l'arrestation et la présente instruction) dissimulent une vaste organisation. Une organisation qui n'emploie pas seulement des gardiens corrompus, des inspecteurs et des juges imbéciles dont le mieux qu'on puisse espérer est qu'ils soient modestes, mais qui entretiennent de surcroît des magistrats de haut rang, voire du plus haut rang, avec tout un train innombrable et inévitable d'huissiers, de greffiers, de gendarmes et autres subalternes, peut-être même des bourreaux, je n'ai pas peur du mot. Or quel est, messieurs, le sens de cette vaste organisation ? C'est d'arrêter des personnes innocentes et d'engager contre elles des procédures absurdes et généralement sans résultat.

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1

Les fonctionnaires subalternes n'ont le droit de s'occuper que de la partie du procès que la loi leur attribue limitativement : la suite et les résultats de leur propre travail leur échappent donc, la plupart du temps.

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J'ignore si ce signal devait déclencher des sifflets ou des applaudissements et, en vendant ainsi la mèche, je renonce délibérément à en connaître la signification. Elle m'est complètement indifférente et j'autorise publiquement Monsieur le juge d'instruction à commander les exécutants qu'il paie là-bas sans plus recourir à des signaux secrets, mais à haute et intelligible voix, en leur disant tantôt « sifflez ! » et tantôt « applaudissez ! »

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2

- Avez-vous entendu parler d'acquittements prononcés dans le passé ?

- On dit, répondit le peintre, qu'il y en aurait eu. Mais il est très difficile de s'en assurer. Les décisions définitives du tribunal ne sont pas rendues publiques, les juges eux-mêmes n'y ont pas accès, si bien que sur les affaires anciennes il ne court que des légendes.

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4

Dans la loi, quoique je n'ai pas lue, il est dit naturellement que l'innocent est acquitté, mais elle ne vous enseigne pas qu'on peut influencer les juges. Or, j'ai appris tout le contraire; je n'ai jamais eu vent d'aucun acquittement réel, mais en revanche j'ai vu jouer bien des influences.

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3

Joseph K. ne dit rien, il ne leva même pas les yeux, laissant les deux fonctionnaires discuter à son propos comme d'un objet.

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Le verdict ne tombe pas d’un seul coup ; c’est le procès qui se transforme avec le temps en verdict.

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5

L'échelonnement hiérarchique de l'appareil judiciaire est infini, l'initié lui-même n'en voit pas le bout.

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6

Ce que tu dis là est plausible, dit le bastonneur, mais je ne me laisserai pas soudoyer. On m'emploie pour bastonner, je bastonne.

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(Les 3 photos suivantes représentent la maison d'arrêt de Novotcherkassk - Cizo n°3 - où est détenue depuis hier Nadia Savtchenko)

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Il faut, en effet, se rappeler que la procédure n'est pas publique, elle peut le devenir si le tribunal estime que c'est nécessaire, mais la loi ne stipule pas qu'elle doive l'être. Il s'ensuit donc que le dossier constitué par le tribunal et, en particulier, l'acte d'accusation ne sauraient être communiqués à l'accusé ni à ses défenseurs, ce qui fait qu'en général on ne sait pas, ou du moins pas précisément, contre quoi doit argumenter cette première requête ; si donc elle contient des éléments pertinents, ce ne peut être en vérité que par l'effet du hasard.

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On ne peut rien faire contre ce tribunal, on est obligé d'avouer. Passez donc aux aveux à la première occasion. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que vous aurez une possibilité de vous en tirer, pas avant.

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Etes vous innocent ? demanda t-il.

Oui, dit K...

Il était heureux de répondre à cette question d'autant plus que ce n'était pas à titre officiel, et qu'il n'engageait aucune responsabilité. Personne ne l'avait encore interrogé aussi franchement.

Pour savourer cette joie, il répéta encore :

- Je suis complètement innocent.

-Ah ! Ah ! fit le peintre en inclinant la tête avec un air de réfléchir.

Puis il la releva subitement et dit :

- Si vous êtes innocent, la chose est donc très simple.

Le regard de K... s'assombrit. Cet homme qui se disait le confident de la justice parlait comme un enfant.

- Mon innocence, repondit-il, ne simplifie l'affaire en rien.

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Je sais bien que vous êtes arrêté, mais ce n’est pas comme on arrête les voleurs. Quand on est arrêté comme un voleur, c’est grave, tandis que votre arrestation… elle me fait l’impression de quelque chose de savant- excusez-moi si je dis des bêtises – elle fait l’impression de quelque chose de savant que je ne comprends pas, c’est vrai, mais qu’on n’est pas non plus obligé de comprendre.

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On ne peut pas briser de chaînes quand il n'y en a pas de visibles.

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L'échelonnement hiérarchique de l'appareil judiciaire est infini, l'initié lui-même n'en voit pas le bout.

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Et, pour conclure, cette phrase, tirée de La MétamorphoseEst-ce que je ne ferais pas mieux de dormir encore un peu et d'oublier toute cette bouffonnerie ?