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L’avocat Alexandre Popkov a pu rencontrer mercredi son client, Guennady Afanassiev, et s’entretenir avec lui : 

https://www.youtube.com/watch?v=Tc05N07wAv0

Traduction de la vidéo 

Afanassiev

Afanassiev a été enlevé le 9 mai 2014 à Simféropol, mis de force dans une voiture et promené en ville pendant plusieurs heures. Durant le trajet, ses kidnappeurs l’ont battu pour le contraindre à impliquer Sentsov et d’autres personnes dont il ne se rappelle pas les noms. Ils l’ont finalement conduit jusqu’à son domicile, l’ont plaqué sur le sol avec un sac sur la tête et ont procédé à une perquisition. Aucun document officiel ne lui a été présenté et les appareils photos de grande valeur qu’il avait chez lui ont disparu depuis.

Il a été ensuite emmené dans les bâtiments du FSB, où l’enquêteur en chef Artiom Bourdine a exigé qu’il reconnaisse avoir projeté des attentats à l’explosif contre le monument à Lénine et la Flamme Eternelle. Afanassiev lui a répondu qu’il entendait parler de ça pour la première fois. C’est alors qu’ont commencé les tortures : ils lui ont mis sur le visage un masque à gaz et bloqué le tuyau pour l’empêcher de respirer. Entre deux asphyxies, ils ont mis de l’eau dans ce tuyau pour qu’il s’étouffe dans ses vomissements. Après, ils ont utilisé l’électricité sur différentes parties de son corps, dont ses organes génitaux.

Afanassiev a accepté alors de reconnaître tout ce qu’ils voulaient et d’incriminer Sentsov et lui-même. Il avait auparavant expliqué que lui et Sentsov se rendaient dans les garnisons ukrainiennes encerclées pendant l’annexion pour apporter de la nourriture aux soldats. Bourdine l’a obligé à déclarer qu’ils s’y rendaient pour se procurer des armes.

Tout ce que reconnaît Afanassiev, c’est d’avoir participé au début d’incendie de la porte des locaux de la Communauté Russe de Crimée et du parti Russie Unie le 14 et le 18 avril, car pour lui, je cite ses mots « ce sont des organisations nazies qui s’attaquent aux activistes pro-ukrainiens et les enlèvent. » Il n’est pas d’accord avec la façon dont on a qualifié ces incendies d’actes terroristes, vue l’absence de dégât  et de victimes, il faudrait plutôt parler d’hooliganisme mineur.

Dès qu’il a été transféré à Moscou à la prison de Lefortovo, les tortures ont cessé.

Il a été amené le 24 juillet à Rostov. Le 27 juillet Alexandre, un policier qui était présent lors des séances de tortures à Simféropol, lui a rappelé qu’il devait réitérer les accusations qu’il avait portées contre Sentsov : « Si tu ne le fais pas, tu te retrouveras au Pôle Nord avec les ours blancs et ta mère aura un accident de voiture. » Le 30 juillet, un agent du FSB local, qui s’est présenté comme le remplaçant d’Alexandre, lui a dit dans le fourgon cellulaire qui le conduisait pour la première fois au tribunal : « Tu vas refuser de témoigner en alléguant l’article 51 de la Constitution, comme ça les avocats de Sentsov et de Koltchenko ne pourront pas te poser de questions. C’est d’accord avec les juges.» (C’est d’ailleurs ce qu’a fait Tchirny, un autre inculpé, lui aussi déjà jugé et condamné également à 7 ans de camp à régime sévère.)

Quand Afanassiev est revenu sur ses aveux le 31 juillet en pleine audience, l’agent du FSB lui a dit que la seule chance qui lui restait d’arranger la situation, c’était d’accuser les avocats de Sentsov et de Koltchenko de l’avoir obligé à le faire. Mais mon client a refusé, il m’a dit qu’il n’aurait pas pu continuer à regarder les gens en face et n’aurait jamais eu la conscience en paix.

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Oleg Sentsov à l’audience d’hier : https://www.youtube.com/watch?v=xewEdPlW2qY

Traduction de la vidéo 

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« Pour moi, ce tribunal n’a aucune légitimité. Je suis un citoyen ukrainien, enlevé illégalement par des membres de vos services de sécurité. J’ai entendu ici tellement de mensonges que j’ai décidé de m'exprimer. Mais après je ne prendrai plus aucune part à ce procès et je ne répondrai plus aux questions.

Je me considère comme un activiste de Maïdan, et c’est la chose la plus importante qui me soit arrivée dans la vie. Mais cela ne signifie pas que je sois un radical. Nous protestions contre ce criminel qu’était  notre président d'alors. Quand a commencé l’occupation de la Crimée par votre pays, j’y suis retourné et j’y ai poursuivi mon travail de volontaire. Je n’avais aucun lien avec le Secteur Droit. J’ai aidé des journalistes, et parmi eux des étrangers, je leur servais d'interprète.

Nous essayions d’aider les garnisons qui étaient bloquées par vos spetsnaz et quand il est devenu évident que les soldats ukrainiens ne pourraient pas demeurer sur le territoire de la Crimée, je me suis occupé de leur évacuation et de celle de leurs familles. C’était une tâche énorme. J’essayais de retrouver la trace des activistes pro-ukrainiens qui avaient disparu ou avaient été enlevés. On a pu en sauver certains, d’autres non, et ceux-là sont probablement déjà morts.

Je voulais aider ceux qui étaient prêts à défendre la cause de l’Ukraine. De tous les gens inculpés ou témoins, je ne connais que Sacha Koltchenko, son surnom était Toundra, c’est comme ça que tout Simféropol l’appelle. Et je connais aussi Guénnady Afanassiev. Mais toutes mes déclarations ne changeront rien, vous savez vous-mêmes ce qu’est ce procès. »

Oleg raconte ensuite les circonstances de son arrestation :

« Le 9 mai 2014, Sacha Koltchenko m’a téléphoné pour m’annoncer que des inconnus avaient arrêté Afanassiev. J’ai tout de suite essayé de savoir où il était. Un peu plus tard, c’est Afanassiev lui-même qui m’a appelé, il avait une voix de condamné à mort, il voulait qu’on se rencontre. J’ai prévenu des journalistes que les arrestations avaient commencé et qu’ils en avaient à présent après moi.

Le 10 mai, j’ai été interpelé à l’entrée de mon immeuble. Ils m’ont jeté dans un autobus avec un sac sur la tête, des menottes aux poignets et emmené dans l’ex-bâtiment de la Sécurité ukrainienne qui est désormais occupé par le FSB. Ils m’ont fait asseoir sur une chaise et m’ont soumis à un interrogatoire assez brutal. Ils voulaient savoir si je connaissais Tchirny et Afanassiev.

Ils m’ont frappé avec les mains, les pieds et des matraques. J’étais tantôt debout, assis ou allongé par terre, difficile de se maintenir sur une chaise quant on te donne des coups de matraque. Ils cherchaient à m’étouffer avec le sac. Quand on voit ça au cinéma, on ne se rend pas compte à quel point c’est horrible. J’ai dû endurer quatre fois ces tentatives d’asphyxie. Ils menaçaient de me violer avec leurs matraques. Tout ça a dû durer entre 3 et 4 heures.

Quand ils ont été fatigués, ils m’ont ramené à mon domicile pour y perquisitionner. C’est seulement à ce moment-là que j’ai compris que c’était des agents du FSB. Ils pensaient trouver chez moi des armes ou des terroristes, mais il n’y avait que mon enfant, qui est encore tout petit. Ils n’ont rien trouvé, à part l’argent que j’avais réuni pour mon prochain film. Ils m’ont alors ramené pour poursuivre leur interrogatoire, mais cette fois-ci sans me torturer. J’étais simplement assis menotté, avec le sac sur la tête.

Pourguine, l’enquêteur, est arrivé à 8 heures du matin et m’a interrogé officiellement. Il m’a fait la proposition suivante : « Tu as été dénoncé. Si tu n’avoues pas que la direction de Maïdan ou le gouvernement ukrainien t’a donné l’ordre de faire sauter des monuments, on va t’accuser d’avoir tout organisé et, au lieu de 7 ans de camp, tu vas en prendre pour vingt ans. »

Trois jours plus tard, ils ont trouvé chez moi des armes et une grenade, parce qu’un groupe terroriste sans armes, ce ne serait pas logique. Ils en ont donc trouvé, par miracle …

Ils ont également mis sous scellés deux films que j’avais dans ma collection, Le fascisme ordinaire de Mikhaïl Romm et un documentaire sur le 3ème Reich.

Je vous ai raconté tout ce que je sais. C’est étonnant qu’ils n’aient trouvé à l’époque dans mon ordinateur et dans mon portable aucun lien avec quoi que ce soit de radical ou d’extrémiste. Pourtant, un an et demi plus tard, les enquêteurs découvraient dans mes affaires des instructions en vue d’actions terroristes !

J’ai fini, je n’interviendrai plus. Merci de m’avoir écouté. »

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Les avocats Dmitri Dinze, Vladimir Samokhine et Svetlana Sidorkina