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Je continue le compte rendu de la comédie qui se joue à Donetsk, sans illusion quant à l'issue du spectacle. Comme il y a une semaine, les journalistes indépendants ou étrangers ont été relégués dans une salle voisine où sont diffusées les images de cette farce judiciaire.

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Après l’interruption pour le déjeuner, certains sont autorisés à prendre place dans la minuscule salle de ce tribunal de province, ils y rejoignent leurs collègues des médias russes qui y sont depuis le début, ayant besoin de faire de belles images pour leurs télézombis. La caméra a été placée de telle manière qu’on ne voit jamais les trois juges et les représentants de l'accusation. Mais ce serait dommage de ne pas connaître leurs noms, à rajouter sur la liste des sanctions : Philiptchouk, Kouznetsov et Iounochev sont les accusateurs publics.

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La matinée a été consacrée à la déposition de Nadia Savtchenko, interrogée par ses avocats. Maria, sa mère est présente, ainsi que Kovtoun, le consul ukrainien. Nadia répond aux questions de ses avocats en russe pour ne pas ralentir l'audience. Elle explique en détail le déroulement de la journée du 17 juin et de celles qui ont suivi : ses déplacements avant d'être capturée, sa détention par les hommes de Plotnitsky à Lougansk et son transfert à Voronèj, en Russie.

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Dès le début, le juge a refusé les deux requêtes de la défense : utilisation d’un détecteur de mensonge (ce qui était le souhait de Nadia) et l’autorisation de montrer, grâce à un rétroprojecteur, la carte des lieux où se sont déroulés les faits qui lui sont incriminés. On devine aisément les raisons de ce refus : cette carte apprendrait à la vatnitude, en général peu au fait de la géographie, que les évènements se sont déroulés sur le territoire ukrainien (donc absurdité que ce procès soit tenu en Russie) et indiquerait les distances entre le block-post de Mettalist, où sont morts les deux journalistes, et l’endroit où se trouvait Nadia à ce moment-là. 

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"Un détecteur de mensonges a été utilisé pour m'interroger pendant l'enquête, mais le tribunal n'a pas été informé du résultat. L'accusation a-t-elle peur que tout s'effondre, si on apporte ici l'appareil ?"

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Nadia essaie d'expliquer aux juges que lorsqu'elle était supposée tirer sur les journalistes, elle avait déjà été capturée et qu'au moment où elle est accusée d'avoir traversé la frontière russe, elle était dans une voiture qui la conduisait à Moscou.

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"La Crimée a été volée à l'Ukraine. Je sais très bien ce qu'a fait l'armée russe. S'il n'y avait pas eu la Crimée, il n'y aurait pas eu de guerre dans le Donbass."

Après l'interruption pour le déjeuner, le procureur interroge Nadia. Toutes ses questions n'ont qu'un but : présenter l'accusée comme une personne que ses campagnes militaires en Irak ont habituée à tuer. 

C'est ensuite au tour de deux victimes qui témoignent depuis la ville de Voronèj, elles sont filmées, mais seuls les gens présents dans la salle peuvent les voir. Je n'entends que leurs voix. Il s'agit d'une mère et de sa fille, elles ont fui ce jour-là leur appartement bombardé et se sont retrouvées au niveau du block-post de Mettalist au moment de la mort des journalistes. Le procureur les interroge sur ce qu'elles ont vu.

La défense souligne que la déposition de Galina Dmitrievna diffère de ses déclarations précédentes, lesquelles figurent dans le dossier. La tribunal écarte cette remarque avec indifférence.

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Mark Feygin demande que Dmitrievna, en tant que citoyenne ukrainienne n'ayant pas d'autre nationalité, soit exclue de la liste des victimes : selon les lois russes, un étranger ne peut être considéré comme victime devant un tribunal russe, si le crime dont il est la victime a été commis par un étranger en dehors du territoire russe. La requête est rejetée, ce qui constitue une infraction à la législation russe. Même demande pour Ella Bouryka, la fille de Dmitrieva, qui est également ukrainienne : le tribunal réserve sa réponse.

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"On a l'impression que les enquêteurs sont allés chercher ces deux réfugiées et leur ont fait dire ce qu'ils voulaient : dans le dossier d'accusation, les déclarations de la fille et de la mère sont identiques à la virgule près."

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Polozov : "On a le sentiment que quelqu'un, qu'on ne voit pas à l'écran,  souffle ses réponses à Bouryka."

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Les avocats soulignent les différences entre les dépositions écrites des deux victimes et leurs déclarations d'aujourd'hui. Ils demandent à ce que le tribunal donne lecture de ces dépositions. Nadia : "L'enquêteur Manchine est coutumier du fait : quand je devais répondre à ses questions pendant l'enquête, il me disait que je devais choisir entre les réponses qu'il me proposait."

On demande à Bouryka si elle est d'accord pour qu'on lise sa déposition en public. Non, répond-elle, pour quoi faire ? Nadia Savtchenko et le public éclatent de rire.

Le président du tribunal : "Nous ne sommes pas au théâtre, vous ne devez pas applaudir. Je m'oppose à la lecture de cette déposition."

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A demain pour la suite de ce cirque ...