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L'audience commence par un avertissement du juge Leonid Stepanenko au public et aux journalistes : "Il est interdit de hocher la tête. Cela, comme toutes les autres sortes de réaction, peut distraire les juges."

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La requête des avocats qui demandaient hier d'exclure Ella Bouryka de la liste des victimes, parce que citoyenne ukrainienne, est repoussée. Selon le juge, ce genre de requête n'a pas sa place à ce moment du procès, il faut attendre la fin de l'exposition des preuves.

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Novikov : «  Je propose de faire une expérience afin de vérifier si Savtchenko a pu, comme l’affirme l’accusation, faire la distinction, à 2 kms de distance avec des jumelles B-7, entre des gens en civil et des hommes armés, car les deux reconstitutions faites pendant l’enquête se contredisent et certains des participants ont même confondu une mitraillette avec une caméra. Les conditions atmosphériques sont proches aujourd’hui de celles du 17 juin 2014. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de choses : un point élevé, une paire de jumelles, des tenues de camouflage et des vêtements civils. La défense prend toutes ces dépenses à sa charge. »

Le procureur Fechenko repousse cette proposition, car "le tribunal n'a pas encore analysé les résultats de ces reconstitutions. D'ailleurs, un tribunal n'est pas l'endroit où on fait des enquêtes.". Il demande ensuite l’autorisation de lire le témoignage de la mère du journaliste Volochine, elle est dans un hôpital à Moscou et ne peut-être présente à l’audience. Les avocats regrettent de ne pouvoir l'interroger et proposent d'attendre qu'elle soit rétablie pour pouvoir le faire. Refus du tribunal.

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Fechenko propose au tribunal de lire tous les éléments du dossier dont il précise à chaque fois le numéro de la page et du tome où ils se trouvent. Mark Feygin demande une interruption de deux heures pour lire et vérifier cette avalanche de documents. Le tribunal accède à sa requête.

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Feygin est sûr que se cachent parmi ces éléments de pseudo-preuves dont la défense avait dejà demandé le retrait à plusieurs reprises comme non-conformes à la réalité.

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"Vous remarquerez que pas une seule "victime" n'est présente dans la salle pour témoigner, leurs dépositions sont filmées ou lues. Tout est fait pour nous empêcher de les interroger en direct et de croiser leurs déclarations."

L'audience reprend à 14.30, les avocats ont 30 minutes de retard, le tribunal leur en fait le reproche. La défense explique qu'il lui faut davantage de temps pour prendre connaissance de la somme de documents que l'accusation projette de présenter. En attendant, le tribunal annonce le témoignage d'une autre "victime" par video-conférence depuis Moscou.

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Il s'agit d'Ivan Tchoumakov, le fils d'Ella Bouryka. Les juges lui lisent ses droits, comme s'il était accusé. "Mais c'est une victime !", s'étonne la défense. "Ah, pardon, excusez-nous." Tchoumakov raconte comment lui et sa famille ont quitté la cave où ils s'étaient refugiés et ce qu'il a vu une fois arrivé au block-post de Metallist , quand les journalistes ont été touchés. Novikov l'interroge :

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"Ce qui figure dans le procès verbal de votre interrogatoire, c'était vos propres mots ?" - "A la virgule près" - "Donc vous avez dit, mot pour mot, qu'à la suite du coup d'état militaire à Kiev les nationalistes se sont emparés du pouvoir ?" - "Tout à fait ! Pour moi, le pouvoir légitime a été renversé et les nationalistes s'en sont emparés. Pour ces gens-là, le russe n'est pas une langue et les habitants du Donbass ne sont pas des êtres humains." (On retrouve exactement les mêmes mots dans la déposition hier des deux autres membres de sa famille.)

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Tchoumakov décrit la nature des tirs qui se sont abattus sur le block-post et le sifflement qui accompagnait ces tirs de mortier. Il les a reconnus sur la video qu'il a trouvée lui-même sur Internet et affirme que l'enquêteur ne les lui a pas montrées. La défense demande qu'on diffuse cette fameuse video, l'accusation refuse, le juge donne droit à l'accusation.

Pour rappel, la video en question que le tribunal a eu peur de montrer : https://www.youtube.com/watch?v=-ZQXVY88UDk

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Polozov demande que soit lue la déposition écrite de Tchoumakov en raison de ses nombreuses contradictions  : les gens autour de la voiture qui a brûlé sont décrits par lui tantôt comme des civils et tantôt comme des gens armés. Le procureur est contre, mais le tribunal accepte.

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Voici un passage de ses déclarations : "Il avait un gilet qui portait l'inscription "TV". Après l'interrogatoire, les souvenirs me sont revenus. Cet homme avec une caméra a couru vers nous après la 3ème série de tirs. Il portait des jeans et une chemise. Il y avait une inscription dessus, sur le coup à cause du stress, je n'ai pas regardé attentivement. Comme il avait une caméra et qu'il a dit qu'il travaillait pour le groupe VGTRK, j'en ai conclu qu'il devait avoir l'inscription "TV" sur son vêtement. Il nous a dit son nom, mais je ne m'en souviens pas pour l'instant. Maintenant je me rappelle bien qu'il n'y avait aucune inscription "TV" sur son vêtement."

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Novikov demande à Tchoumakov comment il se fait qu'il a utilisé pendant sa déposition les mêmes termes que sa mère et sa grand-mère. "Parce que c'est l'enquêteur qui lui a dicté ses réponses !" crie Savtchenko du fond de son "aquarium". "Accusée, je vous donne un avertissement" réplique Stepanenko ... et il supprime la question de Novikov.

Lequel demande que Tchoumakov soit exclu de la liste des victimes, car comme les deux autres il est citoyen ukrainien. Il demande son avis à Tchoumakov. Long silence. "Vous avez compris ma proposition ? Vous êtes d'accord ?" demande Novikov. Long silence à nouveau. Tchoumakov répond enfin : "Non, je ne suis pas d'accord." Le tribunal repousse là aussi la requête de la défense.

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Le procureur annonce qu'à Saint Petersbourg trois membres de la famille Talalaïev,  victimes des tirs le 17 juin comme leurs trois voisins, attendent leur tour pour témoigner par video.

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Jüri Vendik, correspondant (russophone) de la BBC en Russie : "La qualité de la retransmission est si mauvaise que je comprends à peine ce que dit Guennady Talalaïev."

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Talalaïev raconte sa journée du 17 juin et  déclare qu'il n'a pas vu de véhicules militaires près de son immeuble. Un des juges de Donetsk demande à son collègue de Saint Petersbourg de ne pas souffler les réponses à la victime.

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Nadia Savtchenko demande à Talalaïev de donner plus de détails sur ce "combattant" dont il dit avoir soigné la main blessée. La transmission est interrompue. Quand la liaison est rétablie, il n'y a plus personne à l'écran, ni victimes, ni juges. Mais la défense constate qu'avant de "disparaître" Talalaïev a eu le temps de donner une version qui ne concorde pas avec celle de ses voisins :

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Ceux-ci parlaient d'un seul séparatiste blessé, lui a cité le nombre de 20 ou 25.

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L'audience reprend. Polozov demande à Talalaïev dans quelles circonstances il a été interrogé par l'enquêteur : "Il m'a téléphoné et ensuite il est venu dans mon appartement à Saint Petersbourg."

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Talalaïev déclare que l'enquêteur a écrit à la main le procès verbal qu'il a signé. Polozov remarque que celui qui figure dans le dossier est tapé à la machine.

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En raison de toutes ces incohérences, la défense demande que ce procès verbal soit lu devant le tribunal. Le juge accepte. Dans sa déposition écrite, Talalaïev décrit d'abord la situation politique en Ukraine en 2014 avec les mêmes mots que ses voisins et son récit des évènements du 17 juin est le calque exact de leurs propres déclarations. 

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Talalaïev confirme que c'est bien ce qu'il a déclaré à l'enquêteur. Novikov lui demande : "Vous dites qu'il est venu chez vous et qu'il a écrit le procès verbal à la main. Avez-vous signé un texte manuscrit ou imprimé ?  Dans ce dernier cas, cela supposerait qu'il soit venu chez vous avec une imprimante ..." A ces mots, la liaison avec Saint Petersbourg est de nouveau interrompue.

Le tribunal lève la séance jusqu'au lendemain.