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Miroir, mon bon miroir, dis-moi : suis-je toujours le plus fort, le plus audacieux, le plus beau ? / Non, tu es toujours un Huïlo.

Le 7 octobre 2006, Poutine recevait comme cadeau d’anniversaire pour ses 54 ans l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. Pour ses 63 ans, on lui offre le procès-farce de Nadia Savtchenko et un feu d'artifice sur la Syrie tiré depuis la Mer Caspienne. 

Nous avions laissé hier soir au milieu de sa déposition Potchetchouïev, le colonel du FSB emperruqué à lunettes noires. Il a parcouru dans sa Touareg 270 kms en 7 heures (!) pour arriver à Voronèj et remettre Nadia Savtchenko à l'enquêteur Medvedev. La défense remarque des contradictions dans les horaires et demande au tribunal s'il est possible de faire venir Potchetchouïev à Donetsk pour qu'il s'explique. Les juges doivent donner leur réponse aujourd'hui ...

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L'audience commence : Feygin et Polozov sont présents, Novikov est au tribunal central de Voronèj. (Il a anticipé le refus des juges de faire venir Potchetchouïev à Donetsk.)

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Feygin évoque le nom de Plotnitsky (selon la version de l'accusation, c'est lui qui a arrêté Savtchenko dans l'oblast de Lougansk et l'aurait ensuite libérée). L'avocat suppose que lui aussi témoignera depuis Voronèj pour éviter les questions gênantes de la défense ? Ou peut-être ne témoignera-t-il pas du tout ? (Pour mémoire, une photo du terroriste mafieux auquel le Kremlin a confié le destin du Louganda.)

Novikov demande à Potchetchouïev de s'expliquer : il a signé le procès verbal de Bobrov et Roudenko le 24 juin à 1h.55 alors qu'il a déclaré rouler déjà vers Voronèj à cette heure-là. Réponse : «Je ne me souviens pas de l'avoir signé.»

Nadia se met un sac brodé sur la tête et dit au témoin : « Vous me reconnaissez, n'est-ce pas ? C'est avec un sac sur la tête que vous m'avez emmenée à Voronèj ! Maintenant, regardez mes doigts, il y en a combien ?» Potchetchouïev : «Euh, j'ai du mal à voir, je ne peux pas dire...»

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Le fax du procès verbal est parvenu enfin à Voronèj. Potchetchouïev le feuillette en silence.

«C'est bien vous qui avez noté ces déclarations ?» demande Novikov. Le témoin acquiesce.

«Pourquoi celles de Bobrov sont-elles suivies de la mention 1h.15 / 1h.55 et celles de Roudenko de la mention 2h.00 / 2h.45 ?»

Réponse du témoin : « Je ne sais pas, j'étais sans doute fatigué ... »

«L'écriture de ce rapport vous a pris combien de temps ?»

Réponse : « Euh, cinq minutes ... »

«Et pourquoi lit-on sur ce rapport que sa rédaction a duré 40 minutes ? »

Réponse : « Puisque je vous dis que je ne me souviens pas ! »

«Mais c'est bien votre signature ?»

Le témoin acquiesce. Novikov demande aux juges de Donetsk l'autorisation de le faire signer de nouveau pour comparer les deux écritures, car « je doute que l'homme qui est devant moi soit celui qui a signé le rapport. D'ailleurs, il a même refusé de donner son âge, prétendant qu'il était tenu au secret. Nous n'avons qu'à déclarer le huis-clos, si vous voulez, puisque la véritable identité de cet homme ne peut pas être révélée en public ! ». (La veille, il avait proposé la même chose pour Mirochnikov, ce qui avait été refusé.) 

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La défense considère que l'homme qu'on voit à l'écran n'est pas le vrai Potchetchouïev et elle veut savoir qui il est vraiment.

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Les procureurs protestent, les juges les suivent et déclarent que la défense doit croire que c'est bien Potchetchouïev qu'on voit à l'écran.

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Question rhétorique de Nadia : "Dans la voiture qui m'emmenait vers Voronèj, il y avait cinq agents du FSB. L'un d'entre eux était peut-être cet homme. Mais je ne comprends pas pourquoi les services secrets russes veulent à tout prix qu'il joue à lui tout seul le rôle de cinq personnes !"

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Polozov : "Ma dernière question à l'homme qui se fait appeler Potchetchouïev : Vous, un officier du FSB, vous n'avez pas honte de mentir le jour de l'anniversaire de Poutine ?"

Le tribunal déclare que les cameramen doivent arrêter de filmer, c'est une exigence des personnes qui vont comparaître. Nadia : « La connerie n'a plus de limite !»

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Le témoin suivant est Vladimir Elfimov, un ex- chauffeur de taxi maintenant sergent dans l'armée de la LNR. C'est lui qui a conduit Korneliouk et Volochine au block-post de Metallist. Il est présent physiquement dans la salle. Une grande première !

« Je suis né à Lougansk, je suis citoyen de l'ex-Ukraine, présentement citoyen de la république populaire de Lougansk. (Rires dans la salle) Je sers dans l'unité militaire 55055 de notre république.» (Selon la version du Kremlin, Alexandrov et Eroféïev, les deux militaires du GRU capturés par les ukrainiens, servaient comme volontaires dans cette même unité après avoir rompu leur contrat avec l'armée russe.)

Interrogé par le procureur, il décrit les circonstances de la mort des deux journalistes. puis l'audience est interrompue pour le déjeuner.

A la reprise de l'audience, Polozov interroge Elfimov : « Que représente pour vous Savtchenko ? »

« C'est une ennemie. »

« Quand êtes-vous devenu un militaire ? »

« Le jour où les journalistes sont morts. »

Feygin : « Portaient-ils un signe distinctif, comme quoi ils appartenaient à la Presse ? »

« Non, mais c'était évident, ils avaient une caméra et un trépied.»

« Encore faut-il ne pas être à des kilomètres pour les distinguer », remarque Feygin. Et quand l'avocat lui demande combien il y avait de séparatistes armés à cet endroit, le tribunal supprime la question.

Polozov trouve des contradictions dans le récit d’Elfimov et demande que soit montrée au tribunal la vidéo de son interview,  filmée juste après les événements. Le tribunal s’y oppose. La voici, pour information : https://www.youtube.com/watch?v=tl9zjeA9TD4

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Le suivant est Dmitri Soslovsky, du bataillon Zarya. C’est lui qui a capturé Nadia le 17 juin. Ici la très courte vidéo, où on l'entend dire: « Je ne suis pas une sniper, j’ai une arme automatique. » :  https://www.youtube.com/watch?v=4Zlvj5pLCBQ

Il témoigne en visioconférence, ou plutôt en "sonoconférence", car il n'est pas filmé. 

La défense demande qu'on montre une carte indiquant les distances entre le lieu de la capture et le block-post. Les procureurs refusent, les juges aussi.

Nadia : "C'est dommage que je ne sois pas jugée par un tribunal militaire, au moins il y aurait eu de vrais experts, parce qu'ici, je n'entends qu'absurdités sur absurdités."

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C'est au tour d'un autre séparatiste du bataillon Zarya  de témoigner, Alexeï Langavy.

 

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Langavy : "Quand les éclaireurs nous l'ont amenée, elle a dit qu'elle était chargée de corriger les tirs et elle a demandé qu'on la viole." (Rires dans la salle)

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Nadia demande dans quelle unité du bataillon Zarya il sert. Le tribunal annule la question, car "c'est un secret militaire". Nadia, jouant la naïveté : "Comment ce qui se passe sur le territoire ukrainien pourrait-il être un secret militaire russe ?"

A la question de Polozov "Et d'ou venaient les tirs qui ont atteint le block-post de Metallist ?", la réponse de Langavy : " la pratique a montré que l'artillerie ukrainienne tire principalement sur les maisons d'habitation et les civils innocents."

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La défense : "Vous avez vu à Lougansk des militaires ukrainiens faits prisonniers ?" - "On nous les donnait et on leur faisait creuser des tranchées." - "Et ceux qui refusaient ?" Le tribunal supprime la question. Nadia crie : "Bonjour, la convention de Genève !"

A demain pour la suite ...

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Polozov : "Ce procès rappelle de plus en plus une représentation de cirque. La loi ne prévoit l'utilisation de la visioconférence que lorsqu'un témoin est dans l'incapacité de se déplacer. Nous sommes certains que l'homme qui a prétendu être Potchetchouïev n'est pas Potchetchouïev, mais nous ne pouvons pas encore dire pourquoi. Nous en reparlerons plus tard. Qu'est-ce qui a poussé le FSB à falsifier tous les éléments du dossier, disons pour l'instant que c'est un grand mystère ..."