nadia audio

Quand le témoin de l'accusation n'est qu'une voix déformée sortant d'un haut-parleur ...

nadia demande refusée

La requête des avocats est repoussée

nadia juges

LA QUESTION EST REFUSEE !!! Mais enfin, Novikov, qu'est-ce qui vous prend ?!

C'était le résumé des audiences de la semaine dernière.

ishot-15

Seuls sont présents aujourd'hui Feygin et Polozov. Novikov, qui est également l'avocat de Karpiouk, est à Grozny, comme Vera Savtchenko, elle est venue soutenir Karpiouk et de Klikh, les deux otages ukrainiens qui subissent un sort plus terrible que Nadia Savtchenko : kidnappée comme elle, ils ont été torturés pour avouer des crimes imaginaires.

ishot-18

Des journalistes de la chaine de télé ukrainienne STB, munis de toutes les accréditations nécessaires pour assister au procès, sont empêchés d'entrer en Russie depuis 24 heures. (Ils avaient pu assister jusqu'alors à toutes les audiences.) Ils ont tenté leur chance hier soir à un premier point de passage, ils ont recommencé ce matin leurs tentatives à un second : on leur demande de faire la liste de tout ce qu'ils ont avec eux, sous-vêtements et produits d'hygiène y compris. Les garde-frontières leur posent des questions sur leurs opinions politiques et leur révèlent une nouvelle réglementation : "Vous devez enregistrer votre caméra à l'importation comme un camion de 20 tonnes."

ishot-19

Tampon sur le passeport d'Aliona Lounkova après la 1ère tentative : annulé.

En Skype depuis un tribunal de Moscou le témoin de l'accusation Selivanova qui travaille comme rédactrice à la chaîne de télé Rossia :

Polozov : "Les journalistes avaient une accréditation pour travailler sur le territoire ukrainien ?"

Selivanova : "Je ne sais pas. Je ne m’occupe pas des détails organisationnels, je travaille à la rédaction."

Le seul lien qui rattache Selivanova aux évènements du 17 juin 2014 : elle a envoyé un sms à Kornelyouk lui demandant de faire un stand-up près d'un obus pour renouveler un sujet. Ce à quoi le journaliste lui a répondu : "Je ne peux pas pour l’instant, je suis sur la ligne de front." A toutes les questions que lui pose la défense, sa réponse ne varie pas : "Je ne sais pas, ça ne fait pas partie de mon travail..."

ishot-13

Nadia : "Je vois que vous ne savez rien. Qui est le directeur de votre chaîne ?

- C'est une question très sérieuse, il faut demander à notre service de presse."

Nadia à ses avocats : "A ce compte-là, ils auraient tout aussi bien pû faire témoigner la femme de ménage..."

Le témoin suivant est Constantin Gordeev, entrepreneur et membre du conseil municipal de Joukovsky (banlieue de Moscou). Il s’occupait de l’aide humanitaire envoyée par l’Union des anciens paras de Russie pour les habitants de Donetsk et de Lougansk. C’est à lui qu’en septembre 2014 Kolomiets a remis les documents trouvés sur Nadia lors de sa capture afin qu’il les transmette à Moscou à l'enquêteur Manchine. Il consulte sans arrêt ses notes pour répondre aux questions de la défense.  

Au début il déclare qu'il ne savait pas ce qu'il y avait dans le paquet, puis quand on lui rappelle qu'il était présent lorsque Manchine a sorti le contenu de l'enveloppe, il se rappelle soudain, mais très vaguement, certains détails. 

ishot-14

Polozov : "Gordeev dit avoir transmis des feuilles au format A4, alors que dans le protocole de saisie il est question de petits feuillets venant d'un carnet."

En raison de ces contradictions, la défense demande en vain que soient lus le procès verbal de l'interrogatoire de Gordeev et le protocole de saisie, le tribunal refuse et annonce l'interruption habituelle pour le déjeuner.

A la reprise de l’audience, toujours en visioconférence, le témoin suivant de l’accusation est Constantin Moutchnik, adjoint de l’opérateur en chef du service d’information télévisée Vesti, et supérieur direct des deux journalistes. C’est à lui qu’a été remis le conteneur avec les effets personnels des deux journalistes et il l’a ensuite donné à l’enquêteur Kobelev. Il affirme que Volochine et Kornelyouk avaient reçu casques et gilets pare-balles avant de partir en mission.

Polozov : « Volochine et Kornelyouk avaient-ils une accréditation pour travailler en Ukraine ? »

Moutchnik : « Nous avons une accréditation internationale, nos journalistes peuvent travailler n’importe où à l’étranger.

- Mais avaient-ils également une accréditation du gouvernement ukrainien ?

- Je ne saurais vous dire, mais ils n’en avaient pas besoin pour travailler en Ukraine … »

Feygin : « Y avait-il des casques et des gilets pare-balles parmi les effets personnels qui vous ont été transmis ?

- Non. »

Nadia : « Quand vos journalistes filment, ils enclenchent le système indiquant la date et l’heure ?

- Ce n’est pas une habitude.

- Pour la véracité d’une info l’heure a pourtant son importance, non ?

- C’est là une question purement rhétorique. »

Le témoin suivant est Roman Khrolenko, un cameraman de Piervy Kanal. Sa chaine lui avait demandé d’aller filmer ce matin-là un obus qui aurait endommagé un immeuble, il a alors croisé Kornelyouk et Volochine, lesquels lui ont dit qu’ils allaient se diriger vers Metallist. « J’ai essayé en vain de les en dissuader, car l’endroit était dangereux. » C’est lui qui téléphonera à Moutchnik pour lui annoncer la mort de Kornelyouk, puis celle de Volochine, et qui  rassemblera leurs effets personnels pour les transmettre à Moscou.

Question du procureur : « Kornelyouk et Volochine avaient-ils leurs casques et gilets pare-balles ?

- Pas ce jour là, ils étaient pressés par le temps, il fallait qu’ils tournent un sujet pour leur chaîne. »

Polozov : « Vous aviez une accréditation pour travailler à Lougansk ?

- J’avais la carte verte avec le trident qu’on m’avait donnée pour aller à Kiev couvrir l’élection présidentielle.

- Ils en avaient une aussi?

- Je ne sais pas. »

Le juge considère que cette question d’accréditation n’a aucun intérêt, son absence ne signifie pas que les journalistes se trouvaient illégalement sur le territoire ukrainien.

Et pendant ce temps :

ishot-20

Anton Naoumlyouk, qui couvre le procès pour Radio Svoboda : "L'équipe de la télé ukrainienne vient d'être autorisée à pénétrer en Russie."

Nadia : « Vous trouvez normal que votre direction vous envoie à la mort sans moyens de protection et sans préparation juste pour faire de belles images ? J’ai tellement de peine pour ces garçons… Vous ne savez rien de ce qu'est la guerre ! »

Khrolenko : « Ben, je ne suis pas un soldat …

- Alors, ne filmez pas la guerre, filmez la paix ! » crie Nadia.

Le témoin suivant s'appelle Koutcherenko, un cardiologue de Lougansk, c'est lui qui a donné les premiers soins à Kornelyouk. Le procureur lit son témoignage car il a refusé de venir à Donetsk.

ishot-22

Le procureur entreprend maintenant la lecture du tome 9 : cela commence par les rapports, attestations et commentaires sur Nadia quand elle était en formation à l'institut d'aviation de Kharkov. On apprend qu'elle s'y est parfois signalée par son indiscipline et qu'elle n'obéissait pas toujours aux ordres. 

(J'ai l'impression que ces attestations ont été fournies par le premier avocat qu'avait choisi la mère de Nadia et qui a été vite retiré du circuit, car sa ligne de défense était : "Si on peut prouver qu'elle a un caractère déséquilibré, on pourra avancer qu'elle n'était pas consciente de ses actes ce jour-là. Elle pourrait s'en tirer avec une peine réduite ...")

Un spetsnaz masqué vient de faire une remarque à Mathilde de Germain, la 1ère secrétaire de l'ambassade de France, car elle dessine pendant l'audience. Le juge exige qu'elle montre son dessin. Feygin proteste. Le juge : « Vous pouvez citer l’article qui autorise qu’on dessine pendant un procès ? » Réponse de Feygin : « Vous pouvez citer celui qui l’interdit ? » La diplomate refuse de montrer son dessin. Crainte d'un scandale diplomatique ? Le juge n'insiste pas.

Quand la lecture du CV de Nadia est terminée, le juge annonce la fin de l'audience. La suivante est après-demain, mercredi 28 octobre. Pour information, voici l'objet du "crime" !

ishot-28