Lors de l’audience précédente, le juge a refusé de verser au dossier un document officiel émanant de la procurature générale de Kiev : « Il a été transmis en infraction avec les procédures légales, l’Ukraine aurait dû passer par les canaux internationaux officiels pour l’envoyer au greffe du tribunal et non le remettre aux avocats de la défense.»  http://www.svoboda.org/content/article/27334293.html

nadia avocats

Novikov craint donc que ne soient rejetés ultérieurement tous les éléments constituant l’alibi de Nadia Savtchenko, comme les données de ses portables fournies par les opérateurs ukrainiens de téléphonie mobile.

Sous prétexte qu’elles ont été remises directement aux avocats, alors qu'elles viennent d'un pays étranger, elles pourraient perdre tout droit à figurer dans les pièces du procès comme preuves de l’innocence de Nadia.

Novikov : « Je pars donc à Kiev et je vais faire en sorte que le tribunal les reçoive par le canal diplomatique dans un joli paquet cadeau aux couleurs bleu et jaune du drapeau ukrainien accompagné d’une carte de visite. Mais si le juge considère que tout élément du dossier perd sa légitimité à partir du moment où c’est la défense qui le présente, alors il n’y a plus qu’à tirer l’échelle… »

Les lecteurs de ce blog qui suivent mes comptes rendus des audiences ont peut-être été étonnés comme moi qu'aient été versées aux pièces du procès des attestations scolaires et médicales issues d'organismes ukrainiens tels que l'Institut d'aviation de Kharkov et le ministère ukrainien de la défense. Comment sont-elles tombées aux mains de l'accusation ? On pouvait se poser la question à la lumière du refus du tribunal d'accepter ce document de la procurature générale de Kiev... 

Après quelques recherches, je crois avoir trouvé la réponse : 

http://news.liga.net/interview/politics/3740510-viktor_chevguz_v_rf_khotyat_dokazat_nevmenyaemost_nadezhdy_savchenko.htm

nadia tchevgouz

Victor Tchevgouz, lors d’une interview donnée le 21 octobre 2014 au portail d’information Liga Novosti (Nadia était alors enfermée à l’Institut psychiatrique Serbsky) :

Qui vous a proposé de devenir un des avocats de Nadia Savtchenko ? Tout le monde pensait jusqu’alors qu’elle n’était défendue que par les trois avocats russes Feygin, Polozov et Novikov. Cela signifie-t-il qu’ils ne parviennent pas à s’acquitter de leur tâche ?

La maman de Nadia m’a engagé pour défendre sa fille, elle et moi avons signé le contrat le 12 juillet. Dès que j’ai été chargé de l’affaire, j’ai entrepris de réunir le maximum de preuves de son innocence et, pour ce faire, j’ai contacté la procurature générale d’Ukraine, le SBU, le MAE et le ministère ukrainien de la défense pour avoir son dossier puisque Nadia est militaire. J’étais hier à Moscou et je me suis entretenu personnellement avec l’enquêteur principal. C’est le général-major de justice Alexandre Drymanov, un homme agréable et charmant. Il m’a dit que j’étais la seule personne venue d’Ukraine qui soit venue au Comité d’enquête. Nous nous sommes mis d’accord pour collaborer.

Les enquêteurs veulent mener des expertises sur le caractère de Nadejda, car elle est accusée du crime extrêmement grave de complicité d’assassinat dans la mort de deux personnes. C’est un soldat, elle s’est portée volontaire en Irak, ce qui n’est pas ordinaire pour une femme, elle s’est enrôlée dans les rangs du bataillon Aïdar, ce qui fait d’elle à leurs yeux quelqu’un d’agressif et ils doutent de sa santé mentale.

A votre avis, le procès est motivé par des raisons politiques ? Les expertises psychiatriques ont souvent été utilisées dans ce cadre !

Rien de politique là-dedans : il y a le cadavre de deux journalistes, la présence de ma cliente près des lieux du crime et ses coups de téléphone pour corriger les tirs. Telle est la version de l’accusation.

Comment allez-vous répartir votre travail avec les trois autres avocats ?

En tant qu’ancien enquêteur moi-même, je sais ce qui est nécessaire pour des expertises psychiatriques et ce dont avaient besoin les enquêteurs en Russie : son cerveau a-t-il été asphyxié à sa naissance ? Quelle est l’histoire de ses maladies et de son développement physique et mental ? A-t-elle subi des traumatismes crâniens ? Quel était son comportement au jardin d’enfant ? A-t-elle eu des retards dans sa scolarité ? Son âge mental correspond-il à son âge réel ? A-t-elle redoublé pendant sa scolarité ? En deux jours j’ai réuni tout ce que le ministère ukrainien de la défense avait sur elle, je l’ai traduit en russe, fait authentifier la traduction par un notaire et confié le tout à Drymanov. Sans mon aide, jamais les enquêteurs n’auraient pu se procurer tous ces documents, car ils sont couverts, pour certains, par le secret médical, mais Nadejda m’avait donné carte blanche. 

Je connaissais déjà les trois avocats russes, ils venaient souvent en Ukraine donner des conférences de presse, mais je n’ai jamais compris leur ligne de défense. Le seul moyen de prouver l’innocence d’un suspect, c’est de collaborer étroitement avec les enquêteurs. C’est ce que j’ai fait : dès qu’ils ont parlé d’expertises psychiatriques, je leur ai apporté le dossier médical de ma cliente. Ils parlent d’une agressivité possible ? Je leur ai apporté son dossier scolaire et les témoignages de son chef d’immeuble et de ses voisins. C’est ça, défendre activement son client.

Mais les trois avocats ont choisi une autre voie : ils attendent qu’il y ait des défauts de procédure dans l’enquête pour pouvoir protester ensuite auprès des instances européennes de défense des droits de l’Homme. Mais ça peut prendre des années ! On n’a pas le droit de défendre ainsi son client ! Ils me disent que je n’aurais pas dû confier aux enquêteurs russes le dossier médical, je leur ai répondu, moi, qu’ils en avaient besoin pour pouvoir vérifier sa santé mentale. Encore une chose que je ne comprends pas : pendant les audiences préliminaires, ils sont sur les réseaux sociaux et donnent des informations sur ce qui s’y passe, cela ne dispose pas les juges en leur faveur !

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C’est également l’opinion de Drymanov et il m’a dit à ce sujet : «  L’accusée ferait mieux de révoquer les trois avocats en question, car ils lui sont plus nuisibles qu’autre chose. Ils n’arrêtent pas de salir les organes de justice russes au lieu de travailler main dans la main avec eux. C’est pour cela, qu’à la différence de vous, mon bureau leur reste fermé. »

Selon vous, les avocats russes ne veulent voir que des raisons politiques dans cette affaire ?

Exactement, ils ne cherchent qu’à donner une vision négative des organes d’enquête et du tribunal. Quant au fait que Nadejda soit devenue députée, je peux vous dire que quelqu’un de l’administration présidentielle russe a trouvé ça une très mauvaise idée, car Poutine pourrait décider de faire monter les enchères.

Comment la maman de Nadejda a-t-elle eu l’idée de prendre un avocat ukrainien ?

Elle participait à une émission de la télé ukrainienne au cours de laquelle elle avait déclaré avoir besoin d’aide. J’étais par hasard dans les locaux de la chaine ce jour-là, des journalistes m’ont proposé de m’entretenir avec elle pour lui donner des conseils. Comme j’ai eu mon diplôme d’enquêteur en 1975 dans une université russe, mon expérience pouvait l’aider. Quand elle m’a demandé de défendre sa fille, je n’ai évidemment pas pu lui refuser.

Qui paye vos honoraires ?

J’ai décidé de la défendre gratuitement, par pitié pour elle et sa maman.

***

Mark Feygin, le 17 juillet 2015, sur la chaine de télé ukrainienne 112 Ukraina : http://112.ua/obshchestvo/feygin-advokat-chevguz-skoree-meshal-a-ne-pomogal-v-dele-savchenko-237902.html

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« Nadejda Savtchenko tient à déclarer qu’elle n’a jamais eu affaire à l’avocat ukrainien Victor Tchevgouz, le seul qui s’occupe de son affaire en Ukraine est Alexandre Plakhotnyouk. Et j’ajoute en mon nom et en celui de mes deux collègues que ce Tchevgouz a cherché par tous les moyens à s’immiscer dans notre travail et à le gêner. Il tente à présent d’engager un avocat moscovite à la réputation douteuse, c’est la raison pour laquelle Nadia a dû rédiger une lettre confirmant sa confiance en ses trois avocats russes et l’unique avocat ukrainien qu'elle a chargés de sa défense. »