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Mark Feygin : "Au programme de l'audience qui vient de commencer : deux témoins de l'accusation, Tokarev et Denissov. Manifestement, le terroriste Plotnitsky ne viendra pas aujourd'hui."

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Toutes les pièces du dossier sont ici : https://yadi.sk/d/1QEdcubBjRESv

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Nadia Savtchenko est malade depuis 3 jours, elle est sous antibiotiques, mais elle a tenu à être présente.

Tokariev, un correspondant de la chaine russe NTV, témoigne en visioconférence depuis un tribunal de Moscou. Il était à Lougansk le 17 juin 2014 et a interviewé quelques jours plus tard Nadia au quartier général du bataillon terroriste Zarya, après en avoir demandé l’autorisation à Bolotov, un des terroristes en chef. Il rapporte les prétendues paroles de Nadia : « Elle a déclaré que dès qu’elle voyait l’ennemi, elle informait l’armée ukrainienne de sa position, car sa fonction était de corriger le feu. » Tokarev a ensuite envoyé le sujet à sa rédaction.

Quand Polozov lui demande quel jour a eu lieu l’interview, il ne se souvient plus si c’était le 18 ou le 19 juin.

« Mais vous avez bien un timer sur la caméra, non ? » demande Polozov. « Non, répond Tokariev, c’est un modèle peu perfectionné, il n’a pas cette fonction. 

- Savtchenko était blessée ?

- Non. »

Savtchenko l’interrompt : « Vous avez pourtant filmé la blessure que j’avais au bras.»

Tokarev : « Ben, je ne suis pas médecin pour dire si c’était ou non une blessure. »

Polozov : « Vous êtes arrivé comment en Ukraine ? »

Tokarev : « Je suis passé par Izvarino le 5 ou le 6 mai et j’ai reçu mon accréditation de la LNR. »

Nadia : « Et c’est quoi, ça, la LNR ? »

Tokarev : « La république populaire de Lougansk.

- Vous avez oublié d’ajouter qu’elle n’était reconnue par personne et de préciser que c’était une bande de terroristes armés.

- Je ne vois pas de quels terroristes vous voulez parler. »

Quel intérêt à poursuivre le compte-rendu de ce déshonorant spectacle... 

***

Je reviens de la petite place de mon village. Le maire a égréné les prénoms des victimes. Dans la cour de l'école maternelle adjacente à la mairie, des petits gosses, certains dans les bras de leurs institutrices, aussi silencieux que nous... 

Alors je reviens à mon ordinateur, parce que je dois continuer, même si c'est inutile, même si le récit de ces journées de procès semble dérisoire.  

***

Quand l'audience reprend après l'interruption du déjeuner, Tokariev répond encore aux questions de la défense. Le seul intérêt de cet interrogatoire : on y apprend que c'est lui qui a fimé le pope fou qui déclarait que Nadia l'avait torturé quand il avait été fait prisonnier par le bataillon Aydar.

Nadia : "J'étais à l'autre bout de l'Ukraine à ce moment-là, mais comme vous n'avez de journaliste que le nom, vous vous nourrissez et nourrissez votre public d'intox, de mensonges et de propagande."

Puis vient le tour de Denissov, le collègue des deux journalistes tués à Metallist. Lui aussi témoigne depuis un tribunal de Moscou en visioconférence. Mais Novikov y est aussi, et il découvre ce qui est resté invisible depuis ce matin aux personnes présentes à Donetsk : 

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Novikov : "Le capitaine Manchine est là, assis de façon à ne pas être dans le champ de la caméra. C'est le principal falsificateur de l'enquête."

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"On ne peut s'empêcher de penser qu'il a peut-être aidé les témoins qui ont précédemment déposé dans cette même salle à se souvenir correctement de ce qu'ils devaient dire..."

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Nadia : "Il m'a kidnappée, retenue prisonnière illégalement, il a falsifié l'enquête. J'exige qu'il soit interrogé comme témoin."

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Le tribunal rejette cette demande.

La défense demande qu'au moins il quitte le tribunal de Moscou pour éviter qu'il ne continue à souffler ses réponses au témoin ( lequel fait souvent de longues pauses avant de répondre...) et le juge répond que ce n'est pas un procès à huis-clos, que tout le monde a le droit d'être dans cette salle. Dans cette même salle où au même moment pénètre un flic qui demande à Novikov de quitter les lieux, car il n'a rien à y faire. Le juge de Donetsk est coincé. Il demande donc au flic de Moscou de ne pas expulser Novikov.

Denissov commence à se mélanger les pinceaux, Novikov surveillant Manchine, ce dernier ne peut lui venir en aide. De son interrogatoire il résulte que la veille déjà, c'est-à-dire le 16 juin, les journalistes étaient venus filmer les terroristes en armes au block-post de Metallist. 

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Polozov : "Cela signifie que le 17 juin, l'armée ukrainienne ne visait pas de pauvres civils qui s'enfuyaient, mais les terroristes qui tenaient la position à cet endroit depuis la veille."

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Nadia : "Le 17 vous n'aviez ni casque ni gilet pare-balles. Le 16, si. Qu'est-ce que vous avez filmé le 16 ?" Denissov : "Ils préparaient..." Long silence.

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Nadia : "Ils préparaient quoi ? Une attaque ? Leurs munitions ?". Long silence de Denissov qui répond finalement : "Je ne me souviens pas."

Nadia lui demande ce que signifie l'inscription X20 sur une caméra. Denissov lui parle alors diaphragme, lumière et l'étourdit de termes techniques. Nadia insiste : "Plus simplement, est-ce qu'on distingue qu'un homme est armé avec ce zoom ?" Denissov : "Je ne suis pas un militaire, je ne connais pas la réponse !"

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Nadia passe alors du russe à l'ukrainien et crie : "Mais putain, qu'est-ce qu'il fait ici, s'il n'est même pas capable de répondre à une question aussi simple !"

Le juge interrompt l'interrogatoire, car sa journée de travail est terminée. Et surtout parce que Denissov devient gênant pour l'accusation, il hésite trop et se contredit. L'audience suivante est mercredi prochain, le 18 novembre. Manchine aura eu alors le temps de le coacher pour la suite de sa déposition.