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Cette nouvelle audience, qui va être encore consacrée à des dépositions d’experts, commence par une passe d’armes entre les avocats et le tribunal.

Feygin : « Lorsque Plotnitsky a témoigné la semaine dernière, le tribunal a exigé le huis-clos, car le témoin, paraît-il, craignait pour sa sécurité. Mais, lors d’un briefing qui s'est tenu le 23 novembre à Lougansk, ce même Plotnitsky a nié avoir eu de telles craintes et a déclaré avoir demandé le huis-clos pour des raisons politiques. Le tribunal a donc été trompé, ce qui tombe sous le coup de l’article 241. Nous avons maintenant deux requêtes : premièrement, nous souhaitons que soit rendu public le sténogramme de sa déposition et deuxièmement, concernant les accusations portées contre moi et Polozov par les procureurs et parce que nous jugeons qu’ils ont outrepassé leurs droits, nous demandons au tribunal de les récuser. »

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Polozov : « Ce procès est suivi attentivement par la communauté internationale, elle aura remarqué que certains témoins ont le droit de déposer publiquement et que d’autres, préfèrant rester discrets, y sont autorisés par le tribunal pour des raisons fallacieuses. Les droits de la défense sont ainsi bafoués, ce qui n’est pas pour nous étonner : en Russie un procureur digne de ce nom doit  mettre le plus grand nombre de gens derrière les barreaux pour faire une brillante carrière. Un des procureurs ici présents en est un exemple frappant : il a participé à la plupart des procès contre les citoyens qui manifestaient sur la place Bolotnaïa et a toujours suivi les conclusions de l’enquête. » Il s’agit de Filiptchouk (photo ci-contre).

Le procureur : « Il n’y a aucun sténogramme de la déposition de Plotnitsky, il n’y a donc rien à rendre public. Quant à la question de notre récusation,  c’est Feygin et Polozov qui ont enfreint le règlement en publiant la photo de Plotnitsky et en commentant sa déposition. S’ils continuent ainsi, c’est nous qui demanderons leur récusation. »

Les deux requêtes de la défense sont repoussées.

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L’équipe de la télé ukrainienne STB, celle-là même qui avait été empêchée d’entrer en Russie il y a deux semaines, est expulsée par les forces de l’ordre. Les deux journalistes rangent caméra et micro, mais ils gardent le sourire : on les empêche de travailler, mais Radio Svoboda et Media Zone sont heureusement encore là pour nous informer…

Je résume brièvement les dépositions des experts qui témoignent en visioconférence depuis le tribunal Basmanny à Moscou.

Valery Makhnine, ingénieur-pilote: « Les tirs sont devenus moins précis dès que Savtchenko a été capturée. C’est donc qu’elle corrigeait le feu. »

Nadia : « Vous pouvez affirmer que si je sais lire une carte, cela signifie que j’ai les compétences pour corriger le feu ? »

Makhnine : « Affirmer, affirmer… On m’a juste demandé en tant qu’expert si n’importe quel pilote d’aviation était capable de corriger les tirs, j’ai répondu affirmativement, c’est tout. »

Feygin : « Vous êtes un pilote vous-même. Etes-vous capable de corriger des tirs ?

- Je ne comprends pas la question.

- Elle est pourtant simple !

- Mais… c’est-à-dire que… S’il s’agit de corriger le feu…

- Vous venez de dire que Savtchenko, étant pilote, avait forcément cette compétence…

- Je ne veux pas répondre à cette question, on cherche à me provoquer ! »

La question est annulée par le juge.

Andreï Vostraktnoutov, officier de réserve à l’état-major du Louganda : « Savtchenko est capable de corriger le feu, c’est une discipline qu’on lui a enseignée pendant sa formation avant qu’elle ne parte en Irak, elle est opérateur de missiles contre les blindés. C’est comme ça que ça se passe aux USA. »

Nadia : « Je sers dans l’armée ukrainienne ! Vous vous entendez quand vous parlez ? »

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Suspension de l’audience pour le déjeuner. On apprend que le projet de loi de la députée Nadia Savtchenko vient d’être adopté en première lecture par la Rada : toute journée passée en préventive avant un procès sera désormais l’équivalent de deux jours de colonie pénitentiaire, à défalquer de la condamnation.

Quand l’audience reprend, Nadia demande à Vostraktnoutov : « Tout ce que vous savez sur la formation des pilotes à la tâche d’opérateur de missiles contre les blindés, vous le tenez d’où ?

- C’est sur Internet, tout y est expliqué. »

Feygin : « Vous avez dit que vous n’étiez pas spécialiste en artillerie, comment avez-vous pu en arriver à la conclusion que Savtchenko était correctrice de tirs ?

- On en a discuté à plusieurs et on était tous du même avis…»

Roman Spirine, expert en artillerie. Il est d'accord pour qu’on lui projette la vidéo montrant les trous d’obus au block-post de Metallist et les commenter. Manque de chance : le juge déclare que c’est techniquement impossible de la diffuser dans le tribunal de Basmanny.

Feygin : « Votre Honneur, qu’est-ce qui empêche le témoin de se présenter lundi ici à Donetsk ? »

Le procureur : « On va encore perdre du temps, pourquoi ne pas continuer à l’interroger maintenant en visioconférence ? »

Le juge repousse la proposition de la défense, mais promet de tout mettre en oeuvre pour que la vidéo puisse être projetée au témoin la semaine prochaine dans le tribunal Basmanny.

A suivre lundi prochain 30 novembre.