C'est aujourd'hui que témoigne Vera Savtchenko, la soeur de Nadia.

L’audience commence avec le refus du tribunal d’accepter comme pertinents certains documents présentés par le témoin de la défense Vladimir Roubane qui a déposé avant-hier. La raison ? Ils sont en langue ukrainienne…

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Le seul avocat présent est Ilya Novikov, il demande à Vera de faire le récit de la journée du 17 juin. (Voir mon billet du 6 décembre dans lequel j'ai traduit l'interview qu'elle avait donnée à Radio Svoboda à ce sujet :  http://ukraine2014.canalblog.com/archives/2015/12/06/33033321.html )

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Nadia remercie les diplomates présents dans le public : un Américain, un Danois, un Norvégien et un Autrichien.

Un juge remarque que l'un d'entre eux vient de filmer avec son portable, il ordonne qu'il soit expulsé, puis se ravise, mais l'oblige à effacer la séquence.

Alors que Vera en arrive au moment où les téléphones de Nadia aux environs de 10 heures ont cessé de répondre, un des procureurs se sent mal et le tribunal annonce une pause technique. 

Novikov : « Quand avez-vous appris que Nadia se trouvait en Russie ? »

Vera : « Le 7 ou le 9 juillet, Maman m’a appelée pour me dire que l’avocat qui s’était proposé pour défendre ma sœur lui avait annoncé qu’elle était à Voronèj. 

- Quelle a été votre réaction ?

- Très négative, car le pays qui avait agressé l’Ukraine l’avait fait kidnapper, elle n’était donc plus prisonnière d’un groupe de séparatistes, elle était devenue l’otage d’un pays tout entier.

- Vous avez cru au fait qu’elle aurait volontairement traversé la frontière russe ?

- S’enfuir chez l’ennemi ? Cette version est complètement absurde ! D’autant plus qu’avaient déjà commencé les pourparlers en vue d’un échange des prisonniers.

- Que sont devenus ceux qui ont été capturés en même temps que votre sœur et qui ont été échangés ?

- Des camarades du bataillon Aïdar, aidés par le SBU, ont pu les retrouver grâce à la liste établie par Vladimir Roubane. » Elle la montre aux juges.

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Novikov : « Certains d’entre eux ont-ils été interrogés dans le cadre de l’enquête que mène la justice ukrainienne au sujet de l’enlèvement de Nadia Savtchenko ? »

Vera : « Oui : Sinyagovsky, Gadzikovsky, Rybalko et Aliev. Je figure moi-même comme témoin dans cette affaire où ma sœur est la victime. »

Novikov propose de revoir la vidéo filmée par Egor Roussky où l’on voit les interrogatoires des prisonniers ukrainiens par les séparatistes afin que Vera puisse désigner ceux qui n’ont pas été interrogés par les enquêteurs ukrainiens pour pouvoir les retrouver et les faire témoigner. Les procureurs protestent : aucun document officiel n’est en leur possession prouvant l’identité de ces prisonniers. Novikov leur rappelle que ces documents officiels les attendent dans un paquet en souffrance depuis plusieurs jours à la poste de Donetsk, à quelques dizaines de mètres du tribunal.

Le tribunal refuse de montrer la vidéo à Vera. Le procureur reproche ensuite à Novikov de s’être entretenu avec le témoin pendant la pause du déjeuner. Le juge s’indigne : « Quoi ! Comment ?  Nous ferons figurer cette infraction à la loi dans le procès-verbal de l’audience. »

Novikov demande à Vera : « Quand vous avez appris que votre sœur était accusée d’assassinat, qu’avez-vous fait ?

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Nous avons commencé à essayer de réunir les preuves de son innocence. Comme les enquêteurs russes prétendaient qu’elle était montée au sommet d’un relais de téléphonie de mobile, j’ai demandé au SBU s’il était possible d’en obtenir une photo. Nous voulions savoir s’il était physiquement possible de s’y jucher à une hauteur de 40 mètres et vérifier ce qu’on pouvait apercevoir de là-haut. Comme les lieux sont désormais aux mains des séparatistes, c’est un drone qui a filmé le relais le 20 juillet de cette année. Je suivais son vol sur l’écran et j’ai découvert que le relais était couché au sol. »

Novikov propose au tribunal de visionner cette vidéo. Le procureur proteste, car rien n’en prouve l’authenticité.

Novikov : « Vous n’étiez pas si regardant quand des séparatistes anonymes transmettaient aux enquêteurs des documents d’origine douteuse ! Nous, nous sommes prêts à faire venir à la barre l’opérateur du drone pour certifier l’authenticité de ses prises de vue. »

Nadia : « Je voudrais que les procureurs prennent bien note de ce que je vais dire : ma sœur affirme qu’elle a vu en direct ces images sur un moniteur et vous mettez en doute ses paroles ? Je ne vous autorise pas à l’insulter ! »

Le juge consent finalement à projeter la vidéo. https://www.youtube.com/watch?v=304GFz40cac

A 8'20 on voit qu’il ne reste que la base de l’antenne (il aurait fallu une échelle de 7 mètres pour grimper dessus), quant à l'antenne, elle repose sur le sol de toute sa longueur. Quand le drone zoome sur elle, on constate qu’il n’y avait rien pour s’y accrocher, à moins d’avoir un équipement spécial d’alpiniste. (A 8'35: une photo du relais quand il était encore debout.) La hauteur maximale que pouvait atteindre un grimpeur était 35 mètres, et non 40, comme l'affirme l'accusation. De là la visibilité porte à 1.200 mètres, alors que le block-post de Metallist est à 2,5 kms.

Novikov : « Où se trouvaient vos affaires le 17 juin ? »

Vera : « Elles étaient dans le coffre de ma voiture et Nadia avait gardé son arme automatique à côté d’elle.

- Avait-elle des jumelles ?

- (en riant) Non. Si vous aviez vu notre richesse au bataillon Aïdar ! Les volontaires s’équipaient eux-mêmes de bric et de broc, certains avaient des jumelles de théâtre, d’autres ces radios qu’on utilise quand on fait du ski et qui n’ont qu’une portée de 500 mètres. »

C’est maintenant au tour des procureurs d’interroger Vera. Voici le genre de questions qu'ils lui posent : 

« Vous avez utilisé les mots agression et invasion dans votre déposition. Vous parliez de la Russie ?

- Quand on m’a enfermée dans un sous-sol à Lougansk, j’ai vu des militaires russes.

- Avez-vous une bonne opinion de la Fédération de Russie, de son système judiciaire, du gouvernement de la LNR et des habitants de cette république qui sont contre le régime de Kiev et veulent un statut spécial ?

- J’ai une opinion normale de la Russie, où je me suis rendue très souvent, pour la justice je n’ai aucune opinion et quant à Lougansk, il m’est arrivé d’y rencontrer des gens très sympathiques.

- Si votre opinion de la Russie est "normale", pourquoi la traitez-vous d’agresseur ?

- Parce qu’elle fait la guerre à l’Ukraine, même si elle ne l’a pas déclarée officiellement. Mais je n’ai rien contre le peuple russe.

- Comment expliquez-vous le fait que Roussky et Vassilievsky ont déclaré devant ce tribunal qu’il n’y avait aucune affaire à vous dans le coffre de votre voiture ?

- C’est parce qu’ils ont menti.

- Alors que vous, vous ne mentez pas ? Qu’est-ce qu’un séparatiste pour vous ?

- Un adversaire, un ennemi.

- Même si c’est un civil ?

- Dans cette guerre hybride, un civil avec une arme n’est plus un civil, c’est un combattant. »

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La déposition de Vera se poursuivra demain. A la sortie de l’audience, Novikov déclare : « La défense n’a aucun doute en ce qui concerne la sentence et ne fera pas appel, car Nadia ne veut pas, en suivant cette procédure, donner la fausse impression que la justice existe en Russie. Nous pensons que les réactions internationales à ce verdict et le durcissement des sanctions qui s’ensuivra seront plus efficaces. » 

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(Petit trou-du-cul de juge, grand trou-du-cul de tsar, trou-du-cul moyen de copain du Kremlin) : "Faut la condamner comme sa soeur !"

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