Nadia Savtchenko entre dans la salle du tribunal en plaisantant : « Ce serait bien que tout ça se termine avant le Nouvel An et non pas en 2325 ! »

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En dépit des déclarations de Markine, le porte-parole du Comité d'enquête qui prédisait la fin du procès avant Noël, le juge Stépanenko révèle le calendrier des audiences pour le mois de janvier : 

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Les juges annoncent qu’ils ont récupéré à la poste le colis contenant les documents envoyés par la Procurature générale d’Ukraine, sans préciser s'ils vont les joindre aux pièces du procès et, concernant l’analyse faite par Makéïev de la vidéo de la capture de Savtchenko, ils expriment leurs doutes quant au statut juridique de celui-ci.

Novikov leur rétorque que Makéïev est diplômé de l’école supérieure de radio-télécommunication de Rostov, qu’il a été de nombreuses fois appelé à témoigner comme expert dans des affaires civiles et il ajoute : « Je vous rappelle que l’accusation a donné lecture de l’expertise d’un certain Pomazane qui prétendait être ingénieur chez l’opérateur de téléphonie mobile Life, alors que nous avons fourni la preuve qu’il n’y avait jamais travaillé. Je demande donc que Makéïev puisse déposer devant vous. Si vous rejetez cette requête, nous produirons un 2ème expert, si vous le refusez aussi, nous en appellerons un 3ème et ainsi de suite. Makéïev vit à Moscou, mais du fait de son invalidité, pourra témoigner en visio-conférence. »

Après une interruption de 15 minutes au cours de laquelle l’accusation a pris connaissance des conclusions de Makéïev, le procureur déclare : « Juridiquement et techniquement, cette expertise ne repose sur aucune base. On ignore quels fichiers numériques ont été analysés et comment. Par ailleurs, la carte d'invalidité fournie par cet expert n'est pas l'original, mais une copie. Pourquoi faudrait-il l'entendre en visio-conférence ? Nous demandons au tribunal de ne pas donner suite à la requête de la défense. »

Polozov : « Vous voulez qu’on vous apporte ses prothèses ? La plupart de vos témoins ont déposé sans présenter leur passeport et il nous a fallu croire sur parole qu’ils étaient bien ceux qu’ils se disaient être. Mais quand la défense veut appeler un expert handicapé, vous exigez qu’il se sépare, pour vous la fournir, d'une carte d’invalidité dont il a besoin quotidiennement ? »

Pour information, Pomazane n'avait présenté, pour justifier de son identité, que cette carte professionnelle, imprimée au Louganda et qui s'est révélée être un faux :

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Le juge : « L’expertise de ce Makéïev ne sera pas prise en compte par le tribunal, elle est inutile et il n’y a aucune raison de la joindre aux pièces du procès. »

Nadia : « Inutile ? Alors qu’elle prouve mon alibi ? »

Le juge : « Il n’y a aucune nécessité de faire témoigner cet homme. »

Le procureur : « Et concernant les documents reçus par la poste, il serait contraire à la loi de les prendre en compte, car Novikov, même s’il appartient au barreau ukrainien, n’est pas reconnu comme un intermédiaire légal et légitime en matière de collaboration juridique entre la Russie et l’Ukraine. Il n’avait donc pas à requérir ces documents auprès de la Procurature générale d’Ukraine pour qu’elle les transmette à la Procurature générale de Russie, laquelle n’avait fait aucune demande en ce sens. »

Les juges abondent dans le sens de l’accusation : « Ces documents sont parvenus au tribunal en dehors de toute procédure juridique. Le tribunal rejette donc la requête de les joindre aux pièces du dossier. »

Nadia : « Mais dites-moi au moins quelle procédure juridique il aurait alors fallu suivre pour que je puisse prouver mon alibi ! »

Le juge : « Selon l’article de la loi, la défense ne peut réunir des preuves de l’innocence d’un accusé que sur le territoire de la Fédération de Russie. »

Novikov : « C’est faux, cet article ne mentionne pas une telle restriction. »

Nadia : « Mais qu’est-ce donc que les lois russes, si on peut se permettre comme vous d’en trafiquer le sens à sa fantaisie ? »

Le tribunal a mis exactement 90 secondes pour refuser tous les documents qui prouvent l'innocence de Savtchenko parce qu'ils viennent d'Ukraine. 

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Polozov : « L'unique question qu'il faudrait poser demain à Poutine lors de sa grande conférence de presse : "Salopard, quand libèreras-tu enfin Savtchenko et tes autres otages ?" »

Quand l’audience reprend après la pause du déjeuner, Novikov demande au tribunal de reconnaître à Plakhotnyouk, l’avocat qui défend les intérêts de Nadia en Ukraine (victime d’enlèvement et de détention abusive sur un territoire étranger), le droit de participer au procès en tant que défenseur des droits civiques de l’accusée. De la sorte, la défense obtiendrait le droit de le faire témoigner pour que les preuves qu'il a réunies du faux témoignage de Pomazane soit versée aux pièces du procès. 

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Compagnie Life : " Pomazane n'a jamais fait partie de notre personnel."

Novikov : « Toute la version de l’accusation est basée sur les déclarations du faux témoin Pomazane, selon lequel les relais de téléphonie mobile étant surchargés, les données fournies par l’opérateur sont sujettes à caution. L’opérateur ukrainien affirme, quant à lui, qu’aucune perturbation n’a été constatée le 17 juin 2014 et que toutes les données du portable de Savtchenko sont fiables. Si vous acceptez d’appeler Plakhotnyouk à la barre, il vous confirmera qu’il a suivi la procédure légale pour ces divers témoignages. »

Le juge : « Mais il s’agit d’une autre affaire, qui se déroule en Ukraine et n’a aucun rapport avec ce procès. »

Le procureur : « Et j'ajouterais qu'on ne sait rien de ce Plakhotnyouk : est-il mort, est-il vivant ? Connaît-il les lois russes ? Est-il capable de se présenter devant nous ? En son absence, comment savoir s’il veut venir ici ? De plus, l’accusée a déjà trois avocats, c’est bien suffisant ! »

Nadia : « Je n’ai pas seulement trois avocats, j’ai toute l’Ukraine avec moi ! »

Novikov : « J’insiste sur la nécessité de prendre en compte l’expertise ukrainienne de la vidéo de la capture de Savtchenko : l’analyse des ombres portées, qui ont été effacées par Roussky ou par l’enquêteur sur la version russe de la séquence, prouve que la scène a été filmée avant 10h40, soit plus d’une heure avant la mort des deux journalistes. Quatre spécialistes ukrainiens ont mené quatre expertises indépendantes et les quatre ont abouti à la même conclusion : les fichiers numériques ont été manipulés et l’heure a été modifiée. En ce qui concerne les ombres et les mouvements du soleil, bien que je sois le plus jeune des trois avocats, j’ai eu la chance de faire mes études quand les lois astronomiques n’avaient pas encore été remplacées par les lois divines et je sais donc que le soleil se comporte de la même façon en Russie et en Ukraine. »

L'accusation demande au tribunal un temps de réflexion jusqu'à la prochaine audience pour repousser ou non cette nouvelle requête. (Je me demande bien pourquoi j'écris "ou non" !) 

A demain donc pour les deux réprésentations du cirque poutinien : le Huïlo devant SA presse et les clowns-bourreaux de Donetsk.