Nadia est en grève de la faim depuis 34 jours

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Des trois avocats, seul Feygin est présent. Concernant les requêtes déposées avant-hier par la défense, l’accusation considère qu’elles ne sont pas fondées : « En recueillant ces pièces à conviction, Khrolenko n’a enfreint aucune procédure ni aucun règlement juridique, car il n’était pas encore témoin de l’accusation à ce moment-là. »

Nadia : « Bravo ! C’est là-haut qu’on vous écrit votre texte ? La conception russe de la loi est vraiment dingue ! »

Comme d’habitude, le juge Stepanenko est d’accord avec les procureurs  et rejette les 11 requêtes de la défense, mais, ajoute-t-il, « le tribunal pourra peut-être examiner ultérieurement la question, cette décision n’est pas définitive. »

Nadia : « Une fois que vous m’aurez condamnée à 25 ans de prison, là aussi vous direz que votre décision n’est pas définitive ? »

Le juge lui lance un avertissement. Feygin dépose maintenant une nouvelle requête : « Nous voulons examiner toutes les pièces à conviction en lien avec le témoin Potchétchouïev, dont nous avons toutes les raisons de croire qu’il a trompé le tribunal sur son identité. »

Le procureur : « Je n’en vois pas la nécessité. »

Le juge Stepanenko non plus et il rejette la requête.

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Le reste de la matinée et le début de l’après-midi sont consacrés à la lecture par Feygin du 9ème tome du dossier d’enquête.

Novikov rejoint son collègue en milieu d'après-midi, il donne aux juges une carte-mémoire sur laquelle se trouvent les différentes interviews que le pope-séparatiste Vladimir Maretsky a données aux chaines de télé russes.

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Novikov : « Je demande que ce matériel soit joint aux pièces du procès, car c’est sur la base des allégations de ce faux-témoin que l’enquête a établi le portrait psychologique de Nadia Savtchenko, une sadique qui non seulement tue des journalistes, mais en plus torture des prisonniers. Et nous voulons appeler à la barre ce Maretsky.»

Feygin : « Je rappelle qu’au moment où Savtchenko aurait torturé Maretsky dans l’oblast de Lougansk, elle était à Kiev en train de voter, puis qu’elle est partie pour Lvov.. »

Le juge : « Vous parlez de Maretsky comme d’un faux-témoin. Est-il témoin dans cette affaire ? »

Novikov : « Regardez votre dossier d’accusation, il y est écrit noir sur blanc "Témoignage de Maretsky" ! »

Le procureur : « Elle n’est pas accusée d’avoir torturé Maretsky, donc interroger celui-ci n’est pas utile et joindre ses déclarations aux pièces du procès serait infondé. »

Le juge : « Les deux requêtes sont rejetées, car Maretsky n’est pas témoin dans cette affaire. »

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La défense : « Nous rappelons que les interviews de Maretsky figurent dans le dossier d’enquête et qu’elles ont été soumises à des analyses.

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Nous concluons de votre refus d’entendre Maretsky qu’il est un témoin quand il prétend avoir été torturé par Nadia Savtchenko, ce qui permet de la présenter auprès de l'auditoire russe comme une sadique, mais qu’il n’est pas un témoin, quand la défense veut démontrer que son récit n’est qu’une suite de mensonges. »

Le procureur : « Qu’elle ait ou non torturé cet homme ne change rien à sa culpabilité dans la mort des deux journalistes. »

Novikov veut faire joindre aux pièces du procès le document ukrainien prouvant la présence de Nadia dans un bureau de vote de Kiev le 25 mai 2014, le tribunal refuse, « car ça n’a rien à voir avec ce dont est accusée Savtchenko. »

Novikov insiste : « Je demande au tribunal de prendre connaissance des lieux où a été borné le teléphone de Nadia Savtchenko du 25 au 31 mai, ce billing n’est pas imprimé, il se trouve sur un disque. »

Le procureur : « Cela ne concerne pas l’affaire, nous nous y opposons. »

Novikov : « Vos experts, qui ont analysé les déclarations de Marertsky, ont pourtant déclaré : "Il n’existe aucune preuve que Savtchenko se soit trouvée ailleurs ces jours-là." Cette preuve figure sur ce disque : elle était à Kiev et dans l’oblast de Lvov. Je demande donc au tribunal d’en prendre connaissance. »

Le tribunal, ce qui n’est pas coutume, accepte. Pendant que Novikov essaie d’ouvrir le fichier, Nadia prend la parole :

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« Afin de ne pas perdre de temps, je veux faire une déclaration au sujet de ma grève de la faim. Une commission m’a rendu visite vendredi et hier mardi. Elle a déclaré que mon organisme était épuisé, mais que mon état général n’était pas incompatible avec un séjour en prison. Les cailloux que j’ai dans les reins ont encore grossi. Je n’ai bu que de l’eau pendant un mois, depuis quelques jours on me donne une solution à base de glucose au compte-gouttes. Mais je tiens à ce que l’état russe fasse des économies sur ma personne : dès que la sentence sera prononcée, je ne boirai que de l’eau pendant dix jours. Puis plus rien. »

Novikov lit maintenant le contenu des informations sur la localisation du téléphone de Nadia Savtchenko : il était dans l’oblast de Lvov jusqu’au 30 mai et à Kiev le 31 mai. Son premier bornage dans l’oblast de Lougansk a lieu le 3 juin.

Nadia : « Pour ceux qui ne connaissent pas la géographie de l’Ukraine, sachez que Lvov est à 800 kms de Lougansk. »

L’audience est terminée. A demain pour la suite.