Nadia Savtchenko est en grève de la faim depuis 5 semaines

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Ilya Novikov appelle à la barre Andreï Ivanov, un ingénieur ukrainien chargé à l’époque des faits de l’entretien et de l’optimisation des antennes de téléphonie mobile dans l’oblast de Lougansk. Il est venu avec un disque sur lequel ont été transférées toutes les données concernant les numéros qui ont été bornés par l’antenne de Stoukalova Balka et de Lougansk le 17 juin.

(Je rappelle que l’une des thèses de l’accusation est la suivante : le billing du téléphone de Nadia, qui prouve son alibi, ne peut pas être pris en considération, car l’antenne en question fonctionnait mal et c’est celle de Lougansk qui a pris le relais. Voilà pourquoi son téléphone aurait été borné à Lougansk, alors qu’en fait elle était en train de diriger le feu contre le block-post de Metallist.)

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Andreï Ivanov : « Ces données comportent les numéros des abonnés, l’heure à laquelle leurs portables ont été bornés et à quelle distance de l’antenne ils se trouvaient. La distance est mesurée au moyen d’une unité qui va de 0 à 63, elle est égale à 500 mètres. »

- Novikov : « Un appel borné à 10h46 par le relais situé rue Karl Marx à Lougansk aurait-il pu en fait être émis depuis Stoukalova Balka ?

- La probalité est nulle, car il y a une colline qui fait 150 mètres entre ces deux points et l’antenne culmine à 80 mètres.

- Que pouvez-vous nous dire de l’appel de 10h46 ?

- C’était ou bien un long SMS ou 3 SMS successifs. Il a été borné à 4 kms du relais. Le village de Metallist est, quant à lui, à 6 kms du relais.

- Le bornage est-il compatible avec le fait que l’abonnée se trouvait alors en voiture sur la route qui va de Metallist à l’état-major des forces armées séparatistes à Lougansk ?

- Oui, cela correspond aux données fournies par le relais. Et à 11h03 la connexion du mobile de l'abonnée s'est faite depuis le quartier de la gare routière de Lougansk. »

Novikov demande à Ivanov s’il est possible d’escalader l’antenne de Stoukalova Balka. Celui-ci répond que c’est impossible sans un matériel spécial d’escalade.

Novikov : « Pouvez-vous résumer vos conclusions ? »

Ivanov : « A 10h46, l’abonnée était en déplacement en direction de Lougansk, probablement dans une voiture. A 11h03, elle était près de la gare routière. A partir de ce moment-là et jusqu’à 16 h, elle (c’est-à-dire son portable) ne s’est pas déplacée de plus de 200-300 mètres. J’ai indiqué tous les mouvements sur cette carte. »

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Novikov demande que la déposition du témoin et les documents qu’il a produits devant le tribunal soient joints aux pièces du procès. Les juges donneront leur réponse après l’interruption du déjeuner.

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En attendant, voici un extrait des conclusions du juge Owen à Londres concernant l'empoisonnement de Litvinenko :

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Quand l’audience reprend, Novikov lit tous les résultats de l’expertise menée par le témoin et en remet l’original aux juges avec copie pour l’accusation.

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Nadia : « Ceci est mon alibi, il rend votre procès caduque. Merci aux spécialistes ukrainiens pour le travail qu’ils ont accompli. »

Le procureur déclare que Novikov n’avait pas le droit de recevoir ces données sur un territoire étranger et que rien ne prouve qu’Ivanov travaille où il le dit.

Le tribunal refuse donc de joindre le témoignage et les analyses d’Ivanov aux pièces du procès.

Nadia : « Je proteste contre votre arbitraire systématique. Ce tribunal est une honte ! »

Ivanov montre alors aux juges sa carte professionnelle et son livret de travail prouvant qu’il est employé par MTS-Ukraine. Il déclare ensuite : « Hier soir, Novikov m’a prévenu que cela pourrait tourner ainsi. J’ai donc préparé d’autres documents, qui contiennent absolument les mêmes analyses avec les mêmes conclusions, à ceci près que je les ai rédigées à Kamensk-Chakhtinsky, sur le territoire de la Fédération de Russie. »

Novikov demande qu’ils soient joints aux pièces du procès.

L’accusation demande d’y réfléchir jusqu’à la prochaine audience.

L’accusation procède maintenant au contre-interrogatoire d’Ivanov : « Quand vous avez traversé la frontière ukraino-russe, avez-vous rempli la carte de migration ? Qu’y avez-vous indiqué comme but de votre voyage ? »

Ivanov : « J’ai bien rempli cette carte et comme but j’ai indiqué "témoignage devant un tribunal et visite à d’anciens camarades". 

- Selon la loi russe, quand on vient en Russie pour y exercer une profession, en l’occurrence celle de spécialiste en téléphonie mobile, il faut une patente spéciale. Avez-vous été payé pour votre expertise ?

- Je l’ai faite gratuitement.

- Ici et là, vous avez écrit… » Le procureur commence à lire des passages des conclusions du spécialiste.

Feygin proteste : « Vous refusez de joindre ses conclusions aux pièces du procès et vous l’interrogez dessus. Joignez-les d’abord, et vous pourrez alors lui poser des questions à leur sujet ! »

Le juge vient au secours de l’accusation : « Le procureur ne l’a pas interrogé sur ses conclusions ! »

Feygin : « C’est ce qu’il vient de faire, après lui avoir demandé comment il était entré en Russie ! »

Le juge Stepanenko : « Vous inventez. »

Nadia fulmine en ukrainien dans sa cage.

Stepanenko : « Je vous donne un avertissement. Ce n’est pas vous qui dirigez ce procès ! »

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Le procureur à Ivanov : « Tout porte à croire que vous avez recopié les données obtenues en Ukraine et que vous avez juste changé le titre pour faire croire qu’elles avaient été réunies en Russie. MTS-Ukraine vous a autorisé à utiliser ces données en Russie ? De plus, rien ne prouve que vous êtes l’auteur de ces conclusions. »

Ivanov : « Ah bon ? Alors ce serait qui ? »

Nadia fulmine à nouveau en ukrainien et reçoit un second avertissement pour conduite incorrecte.

Ivanov : « MTS-Ukraine m’a donné l’autorisation d’utiliser ces données pour mener des expertises en Ukraine et en Russie, avec le droit de les communiquer à qui de droit. Je répète que je n’ai pas été payé pour ce travail et j’ajoute que je suis venu ici sur mon temps de congé. »

Le procureur : « Vos conclusions sont irrecevables, car vous avez exercé une activité professionnelle sur le territoire russe sans avoir de patente. »

Le tribunal refuse donc de joindre aux pièces du dossier la version russe de l’expertise d’Ivanov.

Après une interruption qui dure près d’une heure, la défense fait venir à la barre Evguény Timko, un spécialiste en télécommunication travaillant pour le ministère ukrainien de la Justice. Il est juriste et ingénieur.

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Novikov l’interroge sur les métadonnées qui figurent dans les images d’une vidéo.

Timko déclare en préambule qu’il a mené ses expertises gratuitement, qu’il ne considère pas qu’elles ont constitué une activité professionnelle, car il n’a conclu aucun contrat avec quiconque, et qu’il est actuellement en vacances.

Novikov : « De quand date l’expertise sur laquelle je vais vous interroger ?

Timko : « De cette nuit. Je suis arrivé à l’hôtel hier soir.

- Quand nous sommes-nous vus la 1ère fois ?

- A la fin de l’année dernière.

- Que vous ai-je dit alors ?

- Qu’il me faudra sans doute mener une expertise. »

L’accusation : « Connaissez-vous le droit russe ? »

Timko : «  Je connais les normes russes régissant les expertises.

- Alors pourquoi avez-vous enfreint la loi russe en exerçant une activité professionnelle en Russie sans patente ?

- Je connais la loi. Je n’ai pas exercé d’activité professionnelle en Russie.

- Qu’est-ce que vous avez fait alors ?

- Une consultation de nature scientifique.

- C’est autorisé par la loi russe ?

- Ce n’est pas interdit. »

Le procureur : « Nous ne comprenons pas quel est le statut de ce spécialiste. Nous voulons que le bureau d’expertise Otkrytky Mir (Monde libre) qui a servi d’intermédiaire nous présente un contrat spécifiant qu’il a payé cet homme pour faire une expertise. »

Nadia, d’un ton stupéfait : « Payé ? Mais pourquoi, puisqu’il l’a fait gratuitement ? »

Stepanenko au procureur : « Qui doit faire cette demande ? »

Le procureur : « Le tribunal. L’accusation pourrait s’en charger, mais ça prendrait plus de temps. »

Le juge décide d’envoyer cette demande au Bureau d’expertise de Kiev et d’attendre sa réponse avant d’entendre Timko.

Novikov à Timko : « Je vous avais dit que ça se passerait ainsi ? »

Timko : « Vous m’aviez prévenu ! »

Novikov aux juges : « Ma requête est la suivante : que l’expertise qu’il a menée cette nuit sur le territoire russe, à ma demande et non à celle du bureau d’expertise, soit jointe aux pièces du procès. »

Le procureur : « Cela ne change rien au fait qu’il a exercé une activité professionnelle en Russie sans patente. Son expertise est illégale, car elle a enfreint la loi. »

Le juge à Timko : « Il y a un quota pour les travailleurs étrangers en Russie, vous l’ignorez sans doute ? »

Novikov proteste : « Il s’agissait d’une consultation scientifique gratuite et elle n’entre donc pas dans le cadre de la loi régissant les étrangers appelés à travailler en Russie ! »

Le tribunal autorise quand même la défense à interroger le témoin, mais seulement sur les conditions dans lesquelles il a mené son expertise, avec interdiction absolue de mentionner ses conclusions.

Timko, répondant aux questions de Novikov, explique qu’il a analysé la vidéo de la capture de Nadia Savtchenko dans le cadre de l’enquête du SBU pour en préciser l’heure exacte.

Le procureur, indigné : « Et maintenant on nous parle d’une expertise pour une enquête du SBU ! C’est inadmissible ! »

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Timko explique devant le tribunal comment il a analysé les métadonnées contenues dans les images de la vidéo et les ombres portées par le soleil. A la question de Novikov s’il connaît les caméras Fujifilm (Roussky en a utilisé une pour filmer le capture de Nadia), le témoin répond par l’affirmative, en sort une de sa poche et explique son fonctionnement. Prudent, à aucun moment il ne cite ses conclusions, se contentant d’expliquer comment un expert peut détecter le moment exact auquel une séquence a été filmée.

Le procureur déclare qu’il a beaucoup de questions à poser au spécialiste, mais qu’il attendra la réponse du bureau d’expertise ukrainien pour le faire.

La prochaine audience se tiendra lundi 25 janvier.