Nadia Savtchenko est en grève de la faim depuis 41 jours

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Nikolaï Polozov : « Notre 1ère requête aujourd’hui concerne certaines pièces à conviction qu’a présentées l’accusation. Selon la loi, ne peuvent être retenus les témoignages basés sur des rumeurs, des hypothèses, des sources anonymes ou obtenus en infraction avec les règles procédurales. Ainsi, les données réunies par Vyatcheslav Jelezny sur l’opérateur de téléphonie mobile MTS-Ukraine, où il ne travaillait plus, et qu’il a transmises au tribunal sans que la procurature de Moscou lui en ait fait la demande officielle, et qui ont été lues ici sans qu’il soit présent, ne peuvent pas être considérées comme des pièces à conviction. Nous demandons par conséquent qu’elles soient exclues des pièces du procès. »

Le procureur exige d’avoir une copie écrite de cette requête, car la loi l’exige. Feygin l’assure qu’il la fera imprimer pendant la pause du déjeuner. Le tribunal décide donc d’attendre avant de donner droit ou non à cette requête.

Polozov : « Nous demandons à présent que soient exclues des pièces à conviction les analyses psychiatriques basées sur les propos du pope Maretsky et qui ont été utilisées par l’accusation pour calomnier Nadia Savtchenko en donnant d'elle une image négative et caricaturale. Nous avons déjà amplement démontré que le récit de ce faux-témoin n’est qu’un tissu de mensonges. »

L’accusation demande le texte imprimé de cette requête, les juges aussi. (C’est la 1ère fois qu’apparaît au cours de ce procès cette subite exigence. Les pantins sont manifestement à cours d’arguments pour justifier leur refus. En l’occurrence, ils se donnent un peu de temps jusqu’à l’après-midi afin de recevoir leurs ordres auprès de leur curateur.)

Mark Feygin : « Requête suivante : Nous voulons que le tribunal fasse appeler à la barre le soldat ukrainien Anton Chimko, capturé en même temps que Savtchenko. Dans le procès-verbal de son interrogatoire par la justice ukrainienne, que je vous transmets, il raconte sa captivité à Lougansk, à quelques mètres seulement de la pièce où Savtchenko était attachée et menottée. Il l'a vue à plusieurs reprises et il a également vu Plotnitsky venir l'interroger. Chimko a été libéré le 3 juillet, mais il a cessé d'entendre et de voir Savtchenko à partir du 29 juin. Nous prions le tribunal de lui accorder le statut de témoin afin de lui assurer sa sécurité. »

Le juge annonce l'interruption pour le déjeuner. Elle ne sera pas d'une heure comme d'habitude, mais de deux : sans doute pour un long entretien téléphonique avec Moscou...

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Un peu d’humour pendant cette pause :

Le parti de Poutine Russie Unie présentera prochainement devant la Douma tout un tas d’initiatives pour lutter contre la corruption :  https://tvrain.ru/articles/edinaja_rossija_reshila_borotsja_s_korruptsiej-402491/

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Lutte contre la corruption

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Longue et très intéressante lettre de Nadia traduite ici en anglais : 

http://maidantranslations.com/2016/01/27/letter-from-nadiya-savchenko-via-rosuznik-freesavchenko/

A la reprise de l’audience, Polozov remet aux procureurs la version imprimée des requêtes de la défense. Novikov, qui a rejoint ses deux collègues, déclare : « Votre Honneur, à l’extérieur de cette salle attend un homme. Ce témoin de la défense est originaire de Lougansk, où il a encore de la famille. Il ne demande pas que son audition se déroule à huis-clos, il veut seulement que son nom ne soit pas cité publiquement, pour éviter que la vie de ses proches ne soit mise en danger si l’on apprend là-bas qu’il a témoigné au procès. Voici comment il s’appelle. »

Il tend un document aux juges pour que ceux-ci prennent connaissance de son identité. Le tribunal accepte de l’entendre. Le témoin est un homme jeune, vêtu d’un jean’s et d’une chemise blanche. Jusqu’en juin 2014, il travaillait pour la firme Ozon, une branche de la compagnie de téléphonie mobile ukrainienne Life, son rôle était de vérifier que les normes sanitaires et écologiques des stations soient correctement respectées et d’envoyer des équipes de réparation en cas d’avaries. Il a démissionné en novembre 2014. Il a apporté avec lui des cartes Google Earth sur lesquelles sont indiquées les stations de transmission dont il avait la responsabilité.

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Novikov : « Témoin, quelles antennes assuraient les transmissions des appels depuis Stoukalova Balka ? »

Témoin : « La n°1 et la n°18.

- Si une panne avait eu lieu à la station de base, vous en auriez été averti ?

- Oui, en moins d’une heure.

- Un tel cas s’est-il produit le 17 juin ?

- Non, mon service n’a reçu aucune alerte.

- Vous connaissez Pomazane ? »

(L’accusation l’avait fait témoigner le 12 novembre 2015, voir ici :     http://ukraine2014.canalblog.com/archives/2015/11/12/32916723.html )

Témoin : « C’est un ancien collègue dont le travail était de rédiger des rapports sur les baisses d’alimentation électrique, il ne s’occupait ni de réparations ni de vérifications. De par ses fonctions, il ne pouvait pas détenir les documents qu’il a fait transmettre à ce tribunal, ceux-ci étaient conservés à Donetsk (Ukraine), et il n’avait ni l’habilitation pour les obtenir ni les compétences pour en tirer des conclusions. »

Le témoin a également apporté une carte-mémoire, il propose d'en montrer le contenu au tribunal. Le juge accepte. Le témoin commente les cartes, explique où se trouvent les stations et les antennes au nord de Lougansk, précise à chaque fois la zone autour de laquelle peut émettre le relais.

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Nadia s’adresse au témoin : « Les antennes sont-elles restées dans la même position après la guerre ? »

Le procureur : « Votre Honneur, donnez un avertissement à Savtchenko. C’est une accusée. »

Le procureur au témoin : « Que signifie altitude par rapport au niveau de la mer ? Il n’y a pas de mer ! »

Nadia glousse dans son aquarium. 

Quand l’avocat demande de joindre ces données aux pièces du procès, le procureur proteste : « L’origine de ces documents est douteuse, comment cet homme les a-t-il obtenus ? De plus, les stations ne sont pas indiquées par des flèches de la même couleur sur les différentes cartes ! »

(A un moment j’ai cru qu’il allait dire : « Et on ne voit même pas la mer ! »)

Le témoin répond que le tribunal peut à tout moment demander à la compagnie où il travaillait de confirmer que ces données ont été obtenues en toute légalité.

Le tribunal décide finalement d'accepter de joindre aux pièces du procès les données de la carte-mémoire. 

Prochaine audience demain jeudi.

Le lundi 1er février, le tribunal donnera la parole à Nadia. Elle prépare depuis longtemps cette intervention. Comme il lui est interdit de posséder des cartes dans sa cellule, elle a dessiné elle-même les schémas suivants pour expliquer ce qui s'est passé le 17 juin.

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