Nadia est en grève de la faim depuis 76 jours

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L'audience d'aujourd'hui est consacrée au réquisitoire de l'accusation et à la plaidoirie de Novikov. Le lendemain, ce seront les plaidoiries de Feygin et de Polozov, suivies de la dernière prise de parole de Nadia. Les juges annonceront alors la date du prononcé du verdict, en général entre une et trois semaines plus tard. 

Diffusion en direct ici : https://www.youtube.com/watch?v=DeyZR0EdnoU&feature=youtu.be

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La thèse de l’accusation n’ayant pas bougé d’un iota, je ne vois pas l’intérêt de traduire le psittacisme des procureurs, qui ne font que répéter, mot pour mot, ce qu’ils déclaraient déjà au premier jour du procès. Quelques extraits choisis :

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Le procureur Pavel Filiptchouk (il a gagné une étoile de colonel, bien qu'absent pendant la majeure partie du procès) commence sur un ton dramatique empreint de pathos : « Ces journalistes courageux voulaient montrer la vérité, mais l’accusée, juchée sur un mât d’antenne, a ordonné d'ouvrir le feu sur eux pour les empêcher de faire leur devoir, causant ainsi leur mort et celle de six pauvres civils innocents. »

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Dmitri Iounochev, la voix brisée par l’émotion : «  La mort des deux journalistes est une perte irréparable pour la Russie. Savtchenko a avoué au moment de sa capture qu’elle corrigeait le feu, il y a des témoins et un enregistrement vidéo qui le prouvent. Mais tout au long du procès, Savtchenko n’a fait que mentir, chacune de ses paroles était mensonge : non, elle n’a pas été capturée à 10 heures, comme elle l’affirme, mais vers midi. D’ailleurs, les tirs ont cessé à partir de cet instant.

Plotnitsky nous l’a dit : pour la plupart des insurgés, c’était leur premier combat. Imaginez un peu l’état de choc dans lequel ils se trouvaient ! Cela explique les petites contradictions et inexactitudes de leurs témoignages. Qui sommes-nous pour leur faire des reproches, nous qui n’avons pas connu les horreurs auxquelles ils se sont retrouvés confrontés ?

Je tiens à saluer la bonté d’âme d’Igor Plotnitsky qui a décidé de laisser partir Savtchenko et la gentillesse de Moïsséïev qui non seulement l’a prise en stop, mais en plus lui a donné une sim-carte et de l’argent.

Savtchenko a pris une part active dans les évènements du 17 juin, c’est elle qui dirigeait les tirs vers les journalistes et les civils innocents. Sa sœur Vera a voulu faire croire au tribunal que Savtchenko était partie récupérer des soldats ukrainiens blessés. Quand je vous dirai qu’elle s’est entretenue avec sa sœur et Novikov à la veille de témoigner, vous comprendrez que son témoignage était biaisé et qu’on lui a dicté ses paroles.

La défense a prétendu qu’on ne pouvait pas monter sur le mât d’antenne sans équipement spécial. C’est pourtant ce qu’a fait un de nos témoins, ce qui prouve que Savtchenko a dirigé les tirs du haut de ce mât. La défense s’est obstinée à vouloir présenter le billing de son téléphone comme une preuve de son alibi, mais nous avons démontré que les pannes qui se sont produites ce jour-là sur le réseau rendaient ce billing peu fiable.

Oui, une personne peut se tromper sur l’heure de la capture de l'accusée, mais pas dix ! En ce qui concerne les  témoins de la défense, ils ont tous été coachés par les avocats avant de témoigner. Pour résumer, la culpabilité de Savtchenko est flagrante, toutes les preuves sont là.»

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Nadia essaie à plusieurs reprises d'interrompre le flot d'insanités du procureur, à chaque fois le juge la menace de la faire sortir de la salle si elle ne se tait pas.

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Pendant l’interruption du déjeuner, Novikov déclare à la Presse que Nadia fera demain une déclaration de toute importance pour l’Ukraine.

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Mark Feygin : "J'appelle les médias ukrainiens à être présents le 3 mars pour entendre la dernière déclaration de Nadia."

Quand l’audience reprend, Nadia demande à l’une des personnes dans le public : « C’est vous Azar ? » Il s’agit du rédacteur de Meduza qui lui avait fait parvenir des questions provocatrices, auxquelles elle avait en partie répondu, tout en faisant le portrait psychologique du sus-dit. Il vient de publier sur le site Meduza une seconde lettre de Nadia, où elle dévoile ses intentions politiques une fois libérée : réformer l’Ukraine.

Le procureur Vladislav Kouznetsov : « L’accusée est entrée de son plein gré en Russie, elle a voulu profiter du flot de réfugiés qui quittaient le Donbass pour trouver abri dans notre pays. Personne ne l’y a obligée, elle a toujours été libre de ses mouvements. Son interpellation pour absence de pièces d’identité dans l’oblast de Voronèj a permis de découvrir qu’elle était directement impliquée dans la mort des deux journalistes et de plusieurs civils. Savtchenko n’éprouve que haine pour la Russie et les russophones et elle a osé déclarer que la Russie était coupable d’avoir annexé la Crimée. Elle a une haute opinion d’elle-même, elle est indifférente à l’opinion d’autrui. Elle a dit un jour «"La Russie est une prison", tout cela prouve sa culpabilité. Elle n’a aucune immunité, car son élection comme députée est postérieure à son crime. »

Le procureur Filiptchouk : « Nous demandons 18 ans de colonie pénitentiaire pour assassinat, 13 ans pour tentative d’assassinat, soit 23 ans après confusion des peines ainsi qu’une amende de 100.000 roubles pour franchissement illégal de la frontière russe. »

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Nadia (à 1h29’ sur la vidéo) : « Je parlerai en russe pour gagner du temps. Ce procès a permis de mettre en lumière la culpabilité des médias russes, qui ont envoyé leurs journalistes vers une mort certaine, sans même leur fournir de gilets pare-balle, juste pour le plaisir d'obtenir de belles images, la culpabilité des forces russes qui ont envahi le Donbass, la culpabilité des terroristes qui commettent des actes de torture et tuent mon peuple, la culpabilité de la Russie qui s’est emparée de la Crimée et a mis le feu au Donbass comme elle l’a fait en Tchétchénie et en Abkhazie, car partout le pouvoir russe veut régner sur les populations, la culpabilité du FSB et du Comité d’enquête, qui arrêtent des ukrainiens, comme Sentsov et tant d'autres, et les torturent pour leur faire avouer des crimes imaginaires.

Pendant ces deux dernières années, j’ai eu la preuve que les procureurs russes étaient des gens sans honneur ni conscience, pour lesquels seuls comptent les ordres qu'ils reçoivent du Kremlin. Une seule culpabilité n’a pas été prouvée ici : la mienne. Vous n’avez aucun droit de me juger, j’appartiens à l’armée ukrainienne et je fais mon devoir de soldat, je défends mon pays.

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Si vous prenez plus de deux semaines pour rendre votre verdict, je commencerai une grève complète de la faim dès demain soir. Je ne veux attendre aucun échange éventuel : on n’échange pas une innocente contre des criminels. Je ne veux pas de marchandage et je ne veux plus attendre. Vous ne m'avez pas brisée et vous ne me briserez jamais. »

L’audience prend fin plus tôt que prévu, car Nadia est extrêmement fatiguée. A demain pour les plaidoiries de la défense.