Etaient présents Vera, Feygin, Polozov et Plakhotnyouk. Pas Ilya Novikov. (Je traduis les notes que j’ai prises au vol à toute vitesse. J'étais aujourd’hui au four et au moulin, désolée pour le style décousu. Nadia elle-même passait sans cesse du coq-à-l’âne…)

conférence

Nadia, en préambule :  Je suis prête à répondre à toutes vos questions, même si ça dure 8 heures. La question est : vous, vous pourrez tenir le coup ?

J’ai vu combien il avait fallu d’efforts pour sortir de prison une seule personne. Songez à tout ce que nous devrons faire pour libérer tous les Ukrainiens qui y sont encore ! Et comme la guerre n’est pas finie, ils seront de plus en plus nombreux, ce sera un travail de longue haleine. Moi, je travaillerai pour l’Ukraine à la place où je serai la plus utile.

Quels sont vos projets ? Allez-vous voyager en Europe ?

Mon travail, c’est voler. J’aimerais pouvoir continuer à le faire. Vous m’avez sortie des geôles russes, vous mettez maintenant beaucoup d’espoirs en moi. Peu m’importe où j’oeuvrerai pour l’Ukraine : s’il faut repartir sur le champ de bataille, je retournerai au combat. Une tournée en Europe ? Il y a un temps pour tout, et ce sera plus tard.

Vous voyez-vous comme la prochaine présidente de l’Ukraine ?

Si c’est le souhait des Ukrainiens, pourquoi pas. Mais il faudra pour cela que les Ukrainiens comprennent qu’ils ne doivent pas vendre leurs votes pour une poignée de gruau. Présidente ? Ce n’est pas mon rêve. Mon rêve, c’est voler.

Votre libération, peut-on l’appeler un échange ?

Je ne sais pas à quoi je dois ma libération. Quand ils m’ont enlevée, personne ne m’a demandé mon avis. La même chose s’est passée avant-hier : ils sont venus dans ma cellule au milieu de la nuit, m’ont dit de rassembler mes affaires. Je ne savais pas pour où je partais : l’Ukraine ou la Sibérie ? Donc, je ne peux pas répondre. Mais si ce mécanisme a marché pour moi, c’est qu’on peut l’appliquer pour les autres.

Je demande aux Ukrainiens de me laisser me promener tranquillement dans les rues de Kiev. Vous m’offrez des bouquets et faites des selfies. Ne m’étouffez pas de votre amour. Je connais la nature humaine : Si ça se trouve, demain, vous me jetterez des pierres et cracherez sur mon passage.

Il faut respecter les ennemis. Je les ai fréquentés quand j’étais en prison, je n’ai rien à dire de mal à leur sujet.  Il y a des canailles partout, c’est une sale guerre, on n’est plus au temps des chevaliers.

Pensez-vous possibles des élections dans le Donbass occupé ?

Quand nous contrôlerons notre frontière et avec l’aide de nombreux conseillers, nous pourrons en organiser. C’est pour l’instant impossible.

Quand la Crimée sera-t-elle rendue à l’Ukraine ? Et comment cela se passera-t-il ?

Il ne fallait tout simplement pas l’abandonner, il fallait agir. Nous n’avons rien fait. J’ai depuis longtemps le sinistre pressentiment que nous nous dirigeons vers une 3ème guerre mondiale. C’est peut-être elle qui nous permettra de récupérer la Crimée.

La 1ère chose que je ferai à la Rada : j’enlèverai la pancarte avec ma photo qui est accrochée à la tribune et la remplacerai par une affiche exigeant la libération de tous les prisonniers. Après, je veux travailler sur des réformes sérieuses du système pénitentiaire et de l’armée pour en éradiquer la corruption : je connais bien ces deux structures de l’intérieur.

Accuseriez-vous quelqu’un pour ces deux années en prison ?

Oui, moi-même. Si j’avais eu une grenade, ils ne m’auraient pas prise vivante. Hélas, je n’en avais pas…

Seriez-vous prête à retirer la loi qui porte votre nom ?

Je sais que beaucoup prétendent qu’à cause d’elle de nombreux assassins ont été libérés avant l’heure. Mais c’est oublier que la moitié de ceux qui sont incarcérés en Ukraine sont innocents. Cette loi est juste !

Que diriez-vous à Poutine s’il était devant vous ?

Laisse l’Ukraine tranquille ! Laisse tranquilles tous ces pays où tu plantes tes crocs ! Règne dans ton royaume et cesse de te moquer de ton propre peuple. Tu ne vivras pas deux vies, tu crèveras un jour où l’autre, nous aussi nous mourrons. Essaie de vivre avec dignité et laisse les autres vivre.

Eroféïev a déclaré qu’il aimerait bien vous rencontrer. Et vous ?

Moi aussi : nous sommes des militaires, nous avons été faits prisonniers, les sujets de discussion ne manqueraient pas. Mais si j’avais pu le rencontrer le jour de l’échange, je lui aurais dit : si tu reviens un jour te battre sur ma terre, je te briserai la pomme d’Adam à mains nues.

Que pensez-vous de Poutine ?

Ma réponse ne sera pas politiquement correcte : vous connaissez la différence entre une lente et un pou ? Eh bien, lui, c’est une lente.

Comment vous êtes-vous sentie le 1er jour de votre liberté recouvrée?

J’ai toujours été libre. Les barreaux sont incapables d’emprisonner les âmes.

La conférence de presse s’achève, Nadia s’étonne :

Quoi, si peu de journalistes russes ici ? Rossia, NTV, où sont ces micros que vous me fourriez sous le nez pendant ma détention ? Vous n’avez plus de questions maintenant ? C'est comme vous voulez…

Elle quitte la salle sous les applaudissements et crie « Слава Україні ! Героям слава ! Україна понад усе ! »

Une photo historique :

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