Vous aurez remarqué sans doute qu’en dépit de son titre, mon blog parle de moins en moins de l’Ukraine. Et de plus en plus de son agresseur. C’est qu’il me semble que suivre le processus  de décomposition de la Russie poutinienne est un bon thermomètre pour analyser les chances de l’Ukraine de retrouver un jour la paix et son intégrité territoriale. Car morte la bête, morte le venin…

J’ai choisi de traduire aujourd’hui un article de Lilia Chevtsova, politologue russe, dont vous pouvez lire l’original ici :  https://echo.msk.ru/blog/shevtsova/2285634-echo/

chevtsova

« Ils sont devenus fous ! » nous lamentons-nous en voyant ce que fabrique le pouvoir. « Mais quelle bêtise ! » s’horrifient les commentateurs en dressant la liste de la honte : défaut de paiement des retraites. Ministre de la Rossgvardia qui provoque en duel Navalny. Opération ratée des « touristes » à Salisbury. Falsification des élections dans la région de Primorié. Avion russe abattu par les Syriens avec notre propre missile. Trou dans le vaisseau spatial rafistolé avec de la colle. Menace d’interdire l’utilisation du dollar. Nouveau mensonge au sujet du boeing abattu. Navalny arrêté une énième fois. 

navalny

Les tentatives du pouvoir de corriger ses bourdes ne font qu’aggraver la situation et la transforment en farce. L’annulation des élections à Vladivostok a-t-elle seulement redonné confiance dans les élections ? Que dire de l’interview des deux gus de Salisbury ? A quoi ressemblent ces tentatives de faire retomber la faute sur Israel pour notre avion abattu, et sur les Américains pour le trou dans le vaisseau Soyouz ? Et pour finir, cette balle que le pouvoir se tire à nouveau dans le pied en armant les Syriens avec des S-300, ce qui constitue une véritable provocation pour Israel et évidemment l’Amérique. (Les Israéliens, quant à eux, y répondront sûrement.)

Si on considère que toutes ces « réussites » ne sont que de la stupidité, on peut encore avoir l’espoir de corriger la situation en  remplaçant le personnel en poste. C’est à quoi le Kremlin s’emploie aujourd’hui. En fait, ce que nous appelons échec et bêtise est devenu la norme depuis longtemps ! On voit le résultat du monopole du pouvoir, qui fait de son maintien une fin en soi, et de la sélection pernicieuse des élites dirigeantes, qui ne sont choisies qu’en fonction de leur loyauté. Bref, un chef de la Garde nationale russe qui joue au duelliste et des touristes-empoisonneurs, c’est la normalité russe. Logique et inéluctable. Et c’est pourquoi les gémissements sur la crise du pouvoir sont sans fondement.

La Russie a dépassé le stade de la crise. La crise est une forme naturelle de développement, elle oblige la société à chercher de nouvelles solutions ainsi que ceux qui les mettront en pratique. Mais si cela ne se produit pas, les structures sociales commencent à pourrir. Et c’est précisément dans cet état de consistance fétide que nous nous trouvons actuellement. Le pourrissement empêche l’effondrement : ce qui pourrit ne peut s’effondrer. Mais, parallèlement, le pourrissement ne permet pas au pays de trouver la force pour opérer des changements.

La classe dirigeante peut d’une certaine façon ne pas trop s’inquiéter, puisque le système continue encore à plus ou moins fonctionner : pas de protestations massives dans les rues. Quant aux petites manifs, on a le choix entre les ignorer ou les écraser dans l’oeuf, attendu que tout a été prévu pour ce faire : unités spéciales « Bouclier », «Tempête », « Muraille » et autres formations du même genre. Et cependant, les choses prennent une mauvaise tournure pour la Russie. Le pouvoir, dans son désir d’assurer son éternité, est en train de détruire l’Etat. 

Et là, ce n’est plus du tout la même donne. On en est arrivé au point où la classe dirigeante ébranle les fondements de l’Etat, détruisant en cela les garanties de sa propre survie. En externalisant la violence, désormais abandonnée aux mains de volontaires et de soudards stipendiés, le pouvoir prive l’Etat de son attribut fondamental : le monopole de la force. 

Le pouvoir a fait de la Russie un croque-mitaine sur la scène internationale et, de la sorte, a sapé son statut de grande puissance et son existence dans le concert des nations. En donnant la préférence à des manoeuvres tactiques plutôt qu’à des objectifs stratégiques, le pouvoir a privé l’état de toute chance de progrès. Il l’a transformé en un instrument de domination clanique, ce qui ajoute à la déstabilisation, puisque la société n’a plus d’autre solution pour défendre ses intérêts que de descendre dans la rue.

Et, pour finir, le pouvoir détruit les institutions, rend les règles du jeu relatives (« on peut faire comme ça, et on peut faire comme ça aussi… »), ce qui plonge le pays dans le désordre. Et quand commence le Désordre, il n’est personne qui puisse y échapper.

Ces types qui sont au Kremlin ne comprennent donc pas comment cela va finir ? Il semble qu’ils le comprennent. Mais ils ne peuvent déjà plus s’arrêter.

L’autocratie a survécu en 1991 en jetant au rebut l’empire soviétique. Aujourd’hui, pour essayer de survivre, l’autocratie habille de contreplaqué l’état post-soviétique et se berce de chansons sur la grandeur de l’Etat.

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Au pays des Borgia

Fin août, le patriarche Bartholomée et le patriarche Cyrille se rencontraient à Constantinople. La délégation russe a voulu offrir un verre d’eau à Bartholomée. La suite à regarder ici  :  https://www.youtube.com/watch?v=Bzm9FGIbnh8&frags=pl%2Cwn

Il y a deux jours, à l'ONU, Federica Mogherini rencontrait Lavrov. La délégation russe lui a proposé un café. La suite à regarder ici : https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=AMLRWBi321Q

Le Net russe se moque du GRU

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Holmes, que signifient ces jurons russes qu'on entend dans le marais ?

C'est un colonel du GRU qui essaie d'avancer dans la neige fondue.

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Médaille de la Connerie

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Vous travaillez pour le GRU ?

Non ! (Nikak niet = formule militaire) / Nous sommes des hommes d'affaire.

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Tchepiga, que faisiez-vous en Tchétchénie ? Vous regardiez le clocher de la cathédrale ?

Non, le sommet du minaret.

Une réflexion en passant : si le renseignement militaire russe avait été plus compétent, il n'aurait pas choisi le nom de Bochirov comme couverture. Je m'explique. C'est un nom très peu courant, qui correspond à l'orthographe fautive de Bachirov, lequel nom est porté, lui, par plusieurs milliers de personnes. Ce qui aurait considérablement compliqué la tâche de Bellingcat. Pour preuve : le véritable nom de Petrov (l'équivalent de notre Dupont français) n'est toujours pas connu...

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rt putes

Margarita Simonian (la mère-maquerelle de Russia Today) : « Come on, friends  ! »

Poutine (dans la pose très reconnaissable des petits malfrats russes) : « Au boulot, au boulot, les filles ! »

retraités

Retraité, mets-toi bien ça dans la tête ! Chaque année vécue par toi est une perte sèche pour l’état !