La maison sur le quai (suite)
La journaliste Tatiana Felgenhauer (Echo de Moscou) interviewe Alexandre Karpoukhine, le père d'Alexeï Chirokojoukhov, un des quatre jeunes gens interpelés près du gratte-ciel du quai Kotelnitchesky.
http://echo.msk.ru/programs/beseda/1384266-echo/
Quel âge a votre fils ?
Il a 25 ans.
Savez-vous comment cela c'est passé, comment il a été arrêté ? Vous a-t-il contacté ?
Personne ne m'a contacté, j'ai appris qu'il y avait eu des arrestations par la radio. Mais quand ils ont parlé de gens qui avaient sauté du haut d'un gratte-ciel, j'ai eu comme un pressentiment et je me suis demandé s'il ne s'était pas trouvé là par hasard.
Pourquoi cela ?
Parce qu'il a l'habitude de sauter du haut des immeubles, c'est comme un hobby, c'esr sa seule distraction dans la vie. Il saute de partout où on peut sauter. Il y a deux ans, il s'est brisé les deux talons, mais il a recommencé à sauter après. Quand nous avons appris qu'il était détenu au commissariat de la Taganka, nous y sommes allés. On a attendu 3 heures qu'un responsable accepte de nous parler, mais personne n'est venu. Alors de nous-mêmes, nous sommes montés à l'étage, jusqu'à la pièce où il était interrogé. Je commence maintenant à me faire une idée sur la façon dont ça s'est passé : d'après ce qu'il m'a dit et ce que m'ont raconté ses camarades (ils forment une sorte de club de "jumpers"), quand ils sont arrivés en haut, le drapeau ukrainien était déjà là et les peintures aussi. D'après une jeune fille, elle n'était pas avec eux, mais elle appartient à leur groupe, sur le réseau social vkontakte on annonçait déjà qui était l'auteur de cette action. C'est, comment dire ... ils se font appeler "roofers", ils montent sur des immeubles, non pas pour sauter, mais pour conquérir de nouveaux sommets à mains nues, sans sécurité, sans rien. Ce roofer, ce jeune homme-là, je ne peux pas vous dire son nom, mais il vient d'Ukraine, c'est-à-dire qu'il est venu, a fait ça et est reparti.
Ce serait donc un simple concours de circonstances ?
Exactement, mon fils s'est retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Tous les quatre sont arrivés après les faits, vous savez, et il est clair pour moi que la police était déjà là, l'étoile avait été déjà peinte en bleu et jaune, ils ont attendu qu'ils aient sauté en parachute pour les cueillir en bas.
Que se passe-t-il pour votre fils actuellement ?
Ils l'ont transféré hier en notre présence du commissariat de la Taganka au commissariat central de la Pétrovka, ma femme vient d'y partir pour résoudre la question de l'avocat.
Vous n'en avez pas pour l'instant ?
Il y en avait un à la Taganka, mais il nous a dit que c'était une trop grosse affaire pour lui, qu'il nous faudrait quelqu'un qui n'a peur de rien.
Pour combien de temps votre fils est-il en garde à vue ?
Théoriquement 48 heures, après il va passer devant le juge, qui le laissera alors en liberté surveillée, mais c'est peu probable à cause de tout le bruit qui a été fait autour de cette affaire, il sera plutôt mis en cellule d'isolement pour deux mois.
J'ai lu que votre fils et ses camarades avaient déjà eu des problèmes avec la police, c'est le cas ?
Non, je ne suis pas au courant, Alexeï est assez renfermé. Mais nous n'avons jamais été contactés par la police. Je crois savoir qu'ils ont eu une fois une amende, mais c'était d'ordre administratif, rien de pénal ... Je vous l'ai dit, il passe son temps à sauter, il va en Italie, en Suisse, au Monténégro, partout où il y a des sommets, des endroits d'où on peut sauter. A part la tour de la télévision d'Ostankino, il a tout essayé. On ne peut pas l'empêcher. Quand il s'est brisé les deux talons, son parachute ne s'était ouvert qu'à 10 mètres du sol et il avait heurté l'asphalte, à peine guéri il a recommencé. C'est comme l'adrénaline, comme une drogue, c'est pour toute la vie. Si tout va bien et qu'on le libère, il sautera à nouveau, je peux vous l'assurer.
Comment comptez-vous aider votre fils ?
Il faut d'abord qu'on trouve un avocat ... Je n'y connais rien aux choses juridiques. Mais je voudrais vous dire encore une chose : quand on les a arrêtés, on les a fait se déshabiller, on leur a pris les clés de voiture et quelques minutes après, un policier est revenu avec deux ballons de peinture aérosol qu'il dit avoir trouvés dans le coffre d'une des deux jeunes filles. Vous comprenez, n'est-ce pas ?
Vous voulez dire qu'on veut leur faire endosser un acte qu'ils n'ont pas commis en falsifiant les preuves ?
Evidemment ! Quand on attendait hier au commissariat, on a entendu des conversations du genre : l'important, c'était d'avoir des suspects, tout le reste sera affaire de technique ...
Mais vous avez parlé à la police de ce "roofer" ?
Moi non, mais la jeune fille qui avait cette information, ils n'ont pas voulu l'écouter, ils ne l'ont même pas laissée entrer.
Je vois. Je vous donne mon n° de téléphone, si cette jeune fille accepte de nous contacter, nous pourrions lui permettre de s'exprimer à l'antenne. Et dites-nous dès que vous aurez trouvé un avocat, que nous puissions coopérer avec lui.
Notre Alexeï, la politique ça ne l'intéresse absolument pas ! Il a un métier, designer de maisons individuelles, et une passion : le saut. Il est célibataire, rien d'autre n'existe pour lui dans la vie que ce hobby. Alors, la politique ...!
La procurature de Moscou vient de requalifier l'acte d'accusation : il ne s'agit plus de vandalisme (jusqu'à 3 ans de prison) mais de hooliganisme (jusqu'à 7 ans de prison).
