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Le 1er témoin est Vladimir Tchaplyguine, le père de la propriétaire de l'hôtel Evro à Voronèj, où Nadia a été détenue pendant une semaine. Il témoigne en visioconférence depuis le tribunal de Voronèj. Il était en vacances du 21 juin au 5 juillet 2014 ("à 2.500 kms de Voronèj", précise-t-il en montrant des tampons sur son passeport), il n’a pas assisté à l’arrivée de Nadia à l’hôtel et était absent pendant son "séjour", il ne fait donc manifestement que rapporter ce qu'on lui a  raconté.

Quand la défense demande qui a payé la note de Nadia, il répond : « J'ai pris les frais à mon compte, je l’ai noté dans mon petit cahier de dépenses. Non, je ne l’ai pas gardé. Le registre des arrivées ? Non, je ne l’ai pas gardé non plus. » 

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Novikov : "Nadia me demande de transmettre qu'elle est profondément indignée par la nouvelle de l'arrestation de Natalia Charina, la directrice de la bibliothèque ukrainienne de Moscou." (Elle est accusée "d'extrémisme nationaliste, d'appel à la haine et d'outrage à la dignité humaine.")

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Novikov : En fait, ce qu'elle a dit en ukrainien, c'est : "Ces connards du Comité d'enquête ne connaissent plus de limites", mais elle m'a prié de le formuler plus élégamment.

C'est au tour d'Olga Tchaplyguina, la fille du témoin précédent. Ses réponses aux questions du procureur : 

« Les employées m’ont dit qu’une femme sans papiers d’identité s’était présentée à l’hôtel en juin 2014 et que mon père les avait autorisées à lui donner une chambre. Moi, je m’occupe uniquement de la comptabilité. Les employées m’ont dit qu’un policier a demandé  de lui trouver une chambre et on lui en a donné une au 2ème étage. Les employées m’ont dit que mon père leur a demandé de ne pas faire payer cette femme. Elle est restée chez nous 5 ou 6 jours, mais je ne l’ai jamais vue, je travaille dans mon bureau, c’est mon père qui s’occupe des questions relatives à la clientèle. Tous les 6 mois nous détruisons le registre comptable des arrivées et départs, je ne peux donc vous le montrer. J’ignore si Savtchenko s’est promenée à l’extérieur de l’hôtel pendant son séjour. Les employées m’ont dit qu’un enquêteur lui a rendu visite plusieurs fois. Je ne sais pas laquelle des employées était à la réception le jour de son arrivée chez nous. Elle n’a toujours pas payé sa note. D’après mon père, ça doit faire dans les 10.000 roubles. » (* à peu près 200 $)

Novikov : « Vous étiez où, le 23 et 24 juin 2014 ? »

Tchaplyguina : « Je ne sais plus, peut-être aux environs de Voronèj. 

- Et pourquoi est-ce à votre père, qui était à 2.500 kms de là, que vos employées ont téléphoné et non à vous ?

- Parce que c’est mon père qui s’occupe des problèmes d’enregistrement des clients quand ils n’ont pas de papiers d’identité sur eux. Il n'y a que lui qui pouvait régler la question.»

Après l'interruption habituelle pour le déjeuner, l'audience reprend avec, toujours depuis le tribunal de Voronèj, Alexandre Medvedev, l’enquêteur qui a remis Nadia le 23 juin au policier Sazonov pour qu’il s’occupe de son installation à l’hôtel Evro.

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Résumé de ses réponses aux questions du procureur :

«  J’étais le matin du 24 juin 2014 dans le bâtiment du comité d’enquête régional de Voronèj dans mon bureau. Ma hiérarchie m’a prévenu que Manchine, un enquêteur de Moscou, allait bientôt arriver. Ce même matin, j’ai vu à l’accueil un homme en civil accompagné d’une femme. Selon ses papiers, c’était un membre du FSB du nom de Potchetchouïev. J’ai conduit la femme dans mon bureau, Manchine m’a appelé pour me demander de rester à côté de cette ukrainienne. Comme elle était fatiguée, j’ai prié Sazonov de l’emmener dans un hôtel. Elle n’avait plus ses papiers, mais Sazonov m’a dit qu’il avait quand même pu lui trouver une chambre à l’hôtel Evro. Le soir, l’enquêteur Manchine est arrivé et je lui ai indiqué sur la carte où se trouvait cet hôtel. »

Novikov : « Vous êtes descendu la chercher à l’accueil. Qui vous avait prévenu de son arrivée ?

- La direction régionale.

- Le 23 ou le 24,  vous étiez de service ?

- Je ne me souviens pas.

- Manchine vous a dit à quelle heure il arriverait ?

- Non, il m’a dit qu’il aurait du retard.

- Savtchenko était menottée ?

- Non.

- Donc, elle aurait pu partir quand elle voulait ?

- Bien sûr, elle était libre. Mais à aucun moment elle n’a dit vouloir partir. »

Feygin : « Savtchenko a-t-elle demandé à appeler le consul ukrainien ?

- Non.

- Elle vous a dit pourquoi elle était venue à Voronèj ?

- Non.

- Vous savez que vous êtes recherché par la justice ukrainienne pour kidnapping ?

- C’est ce qu’on m’a dit. »

Nadia à Medvedev : « J’ai passé 6 heures dans votre bureau. Racontez comment on m’a accompagnée aux toilettes.

- Je ne me souviens pas que vous y soyez allée.

- Pendant 6 heures ? Je vais vous rafraichir la mémoire : deux de vos hommes m’y ont emmenée. Et le bandeau jaune que vous m’avez enlevé, pourquoi avez-vous dit que vous préfériez le garder?

- Je ne vous ai jamais vue avec un bandeau jaune. »

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Novikov demande que soit lue la notification de la Procurature générale ukrainienne énumèrant les raisons de le soupçonner de complicité dans l’enlèvement de Savtchenko. Il souhaite qu'elle soit jointe aux pièces du procès, comme l’autorise la convention russo-ukrainienne de 1993 dans le domaine judiciaire.

Le tribunal s’oppose à la requête, car il ignore comment ce document a été obtenu et doute de son intérêt. Novikov proteste. Le juge : « Nous avons pris notre décision et nous n’en changerons pas. 

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Le procureur reprend la lecture, interrompue hier, des expertises médico-légales des corps, ou fragments de corps, de Kornelyouk et de Volochine. Il s'agit de tableaux comme celui-ci, et il lit tous les chiffres, en une sorte de psalmodie hypnotisante. Seuls des spécialistes pourraient comprendre ce qu'ils signifient. Polozov et Feygin ont quitté le tribunal pour attraper leur avion, c'est Novikov qui est de corvée aujourd'hui. Il n'y a presque plus de journalistes dans la salle, la plupart ont préféré échapper au pensum.

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L'audience s'achève, la prochaine se tiendra le lundi 2 novembre. Verrons-nous enfin la semaine prochaine l'enquêteur Manchine, le principal scénariste de ce mauvais feuilleton interprété par des acteurs de seconde zone ? Le voici sur cette video, lors d'un des premiers interrogatoires de Nadia à l'hôtel Evro : 

https://www.youtube.com/watch?v=zC_1Ispnu3A&feature=youtu.be