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Lors de la dernière audience, la défense avait déposé comme requête de pouvoir procéder à une nouvelle expertise : peut-on faire la distinction, à 2,6 kms de distance et depuis un point élevé, entre des hommes en armes et des journalistes équipés d’une caméra ? Le tribunal s’était donné jusqu’à aujourd’hui pour donner sa réponse : la requête est repoussée, car les conditions météorologiques et l'état de la végétation ne sont pas les mêmes qu'en été.

Les avocats protestent : « Quand nous avions proposé en septembre de faire cette reconstitution, il nous a été répondu que nous pourrions déposer une telle requête quand l'accusation en aurait terminé avec la présentation de ses pièces à conviction. Avec ce tribunal, c'était toujours trop tôt ou trop tard ! »

Polozov donne maintenant lecture de divers éléments du dossier, dont des articles de médias russes qui commentent la mort des deux journalistes. Il cite cette phrase de l’Agence Tass "Kornelyouk et Volochine avaient pourtant sur eux des plastrons bien visibles indiquant qu’ils appartenaient à la presse", puis cette autre de Piervy Kanal "Ils n’avaient ni gilets pare-balle ni le plastron Presse". Nadia s’exclame en ukrainien : « Rien de tel que les médias pour désinformer ! »

Novikov réitère la requête qu’il avait déposée le 2 juillet  de procéder à une expertise de la vidéo filmée par le séparatiste Roussky au moment de la capture de Nadia, car elle permet de prouver l’heure à laquelle celle-ci s’est déroulée : «  Un spécialiste a constaté que des fichiers numériques de cette vidéo avaient disparu et que d’autres avaient été modifiés. Nous voulons donc que son expertise figure dans les pièces du procès. »

Feygin : « Si cette analyse prouve que la vidéo a été filmée avant l’arrivée des journalistes au block-post de Metallist, il vous faudra libérer immédiatement notre cliente. »

Le juge : « Nous ne savons même pas d’où sort votre  spécialiste ni où il travaille ! »

Novikov : « Faites-le venir à la barre et il vous expliquera tout. Vous pouvez même l'interroger en visio-conférence, comme ce fut le cas pour vos propres experts, dont pas un seul ne s'est présenté physiquement devant ce tribunal. Ne refusez pas à la défense les droits que vous accordez à l'accusation ! »

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Nadia s'adresse aux juges, entre deux quintes de toux et des crises d’éternuements : « Vous n’avez conservé de cette vidéo que ce qui pouvait servir à l’accusation. Vous me retenez depuis presque deux ans. Je me demande comment vous allez me regarder quand l’expertise aura prouvé mon alibi ! »

Le tribunal donne jusqu'à mercredi aux procureurs pour qu'ils décident d'accepter ou non la requête. (48 heures, c'est manifestement le temps nécessaire pour que le comité d'enquête de Moscou reçoive ses ordres du Kremlin et les transmette au tribunal de Donetsk : la verticale du pouvoir est bien lente !)

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Après l'interruption pour le déjeuner, Novikov lit une longue requête de 37 pages : la défense demande que les documents et expertises qui ont été transmis par l'avocat ukrainien Alexandre Plakhotnyouk figurent dans les pièces du procès. (Si le tribunal la repousse, cela signifie que les avocats se retrouveront les mains vides pour démontrer l'innocence de Nadia.)

Les procureurs protestent, car ils ont été obtenus en dehors de toute procédure. 

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Novikov : "J'attire votre attention sur le fait que ces documents, qui ont été envoyés par la Procurature générale d'Ukraine à la Procurature générale de Russie en conformité avec la procédure, vous attendent depuis le 30 novembre au bureau de poste qui se trouve à 400 mètres d'ici. Et si j'ai leur copie entre les mains, c'est que je fais désormais partie du barreau ukrainien, comme le prouve cette attestation."

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Novikov : "Je montre au tribunal le document qui prouve mon affiliation au barreau ukrainien. Les juges ne comprennent pas vraiment ce qu'ils doivent en faire. Les procureurs encore moins."

Après un court temps de réflexion, les juges décident à nouveau de laisser 48 heures à l’accusation pour qu’elle décide si la requête de la défense est recevable ou non, tandis que le juge qui préside l’audience demande à Novikov : « Vous avez demandé au bureau de poste pourquoi il n’avait pas envoyé au tribunal un avis d'arrivée ? »

Novikov : « Mais je ne suis pas le destinataire, c'est à vous de poser la question ! Sur le site Internet, le colis est indiqué comme en attente d'être remis, c'est tout ce que je sais. Il existe trois exemplaires identiques de ces documents : les originaux ont été envoyés à la Procurature générale de Russie par la Procurature générale d’Ukraine, un jeu de copies est dans le colis en souffrance à la poste et je vous en ai montré un second, que vous refusez de joindre aux pièces du procès, car il n’a pas suivi la procédure. La solution la plus simple, ce serait d’envoyer tout de suite quelqu’un à la poste. 400 mètres, ce n’est pas le bout du monde…»

Le juge à Novikov : « Pour quelle raison le tribunal aurait-il à connaître maintenant du contenu de ce colis ? »

Novikov : « Parce qu’il vous a été envoyé en conformité avec la procédure et qu’il contient des pièces nécessaires à la défense de notre cliente. »

Le procureur : « Le tribunal n’a pas à réunir des preuves qui seraient favorables à l’accusée, c’est aux avocats de le faire ! »

La défense : « Mais les preuves, nous les avons ! C’est vous qui refusez de les verser aux pièces du procès ! »

Le juge donne un avertissement à Nadia et à ses avocats, car ils ont éclaté de rire. Le tribunal décide finalement qu'il enverra quelqu'un au bureau de poste, mais, en supposant que ce colis existe, se réserve le droit de considérer comme recevables ou non les documents qu'il contient.

Quant à la proposition de Novikov de demander, le cas échéant, une copie à la Procurature générale de Russie, le refus est définitif : le tribunal déclare que la Procurature Générale de Russie n'a jamais demandé à la Procurature générale d'Ukraine de lui envoyer de tels documents, il est donc hors de question de lui en réclamer une copie.

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Le fourgon cellulaire quitte le tribunal de Donetsk et ramène Nadia Savtchenko dans sa prison jusqu'à l'audience d'après-demain mercredi.