Alexandre Koltchenko, convoyé par étapes avec Oleg Sentsov depuis plusieurs semaines, est arrivé à sa destination finale : le bagne de Kopéïsk, près de Tchélyabinsk. http://www.svoboda.org/content/article/27582402.html

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Il y passera 10 ans si le gouvernement ukrainien et les instances internationales ne se remuent pas vraiment le cul pour exiger de la Russie qu'elle libère tous ses otages ukrainiens. Quant à Oleg, il est toujours en route, il n'atteindra la Iakoutie que dans une semaine ou dans deux mois, au bon gré des trains cellulaires qui font de longs arrêts un peu partout pour ramasser sur leur passage les condamnés qu'a moissonnés la pseudo-justice poutinienne. 

La colonie pénitentiaire n°6 de Kopeïsk est tristement connue pour les traitements qu'elle fait subir aux détenus. Quelques articles en français : 

http://www.liberation.fr/planete/2008/06/11/les-prisonniers-brises-de-kopeisk_73853

http://www.lechatnoiremeutier.antifa-net.fr/russie-revolte-de-prisonniers-a-kopeisk-tcheliabinsk-24-novembre-2012/

http://www.directmatin.fr/monde/2012-11-26/une-mutinerie-met-en-lumiere-les-abus-dans-les-prisons-russes-251135

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Il y a longtemps, très longtemps, mais c'était comme si c'était hier : un de mes groupes d'étudiants me rend visite dans mon foyer à Kiev, sous la houlette de leur starost. On prend le café. Quand ils quittent ma chambre, l'un d'eux s'attarde, attendant que le mouchard soit dans le couloir. Il se plante devant la carte de l'URSS que j'ai accrochée près de la porte et à mi-voix, pointant du doigt différents points du territoire : "Là, là, là, là, là, partout des camps, partout la mort." C'était en 1975, pour être informé il fallait écouter Deutsche Welle ou Voice of America, mais ces stations étaient inaudibles, car l'institut et le foyer étaient trop proches de l'église Saint Nicolas qui avait été transformée en station de brouillage. (Pour pouvoir les écouter, j'allais chez des amis à Darnitsa, de l'autre côté du Dniepr.) Avant qu'il ne referme la porte, je chuchote à mon étudiant : "Comment le sais-tu ?" Il me répond : "Nous le savons tous et tous nous nous taisons."

J'avais écrit ce poème à la mémoire des dissidents soviétiques, je le dédie aujourd'hui à tous mes amis connus et inconnus, ukrainiens et russes...

I

Ceux qui nous ont murés

Sont entrés dans ces murs

Ils se sont refroidis

Pour devenir murailles

Ils se sont mutilés

Pour nous retrancher l'âme

Ils ont pour nous aimer des chaînes

Pour nous parler des coups

Le rouage de nos cris

Les met en mouvement

Ils battent la mesure

Et torturent sans relâche

Eux

Dans la prison extérieure

Souffrent également

Nous ne plaindrons jamais assez ceux qui nous frappent

Le mouvant malheur

Un jour a distribué les cartes

Le jeu demain peut être différent.

II

Fer mon métal

Puisque le bois craque

J'ai choisi la durée

Et j'accepte le rail

Et le wagon d'acier

J'ai des couteaux bleutés sous les paupières

À chaque gare ils cisaillent un peu mieux

Je n'ai pas vu la Chine je n'ai pas vu la mer

Je ne vois plus la neige où sera mon tombeau

Mais je puis vous parler très longuement du sel

De ses cristaux

En vain

J'en cicatrise ma mémoire

Toujours le passé saigne.

III

S'il avale le grain sans se plaindre

S'il habitue sa main à signer l'infamie

S'il sait rire du cadavre pour plaire à l'assassin

C'est que l'hiver tient serrée la gangue du chagrin

Et s'il vole

S'il pille

S'il arrache

S'il dénonce et se terre

Se pavane et quémande

C'est que le froid tient cousu le drap de la misère

Mais un matin de pluie tiède

Voici que se défait la cire du visage

Sa voix gelée charrie dans la débâcle des mots oubliés

À une palissade

Au centre de la ville

Il attache son âme

Il ne sait pas encore ce qu'il apprendra d'elle

Et qui résonne en lui à grands coups de boutoir

Il est glace et torrent

Il fond à chaque larme

Le soleil le saccage

Le découpe à la hache

Bonhomme de neige

Si petit à midi

Émergeant d'une flaque

Et qui crie. 

Demain et après-demain auront lieu les deux dernières audiences du procès Savtchenko.

***

Bon anniversaire à Dalia Grybauskaitė, Présidente de la Lituanie !

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Certains disent qu'il ne faut pas faire trop pression sur la Russie afin de lui donner la possibilité de ne pas perdre la face et lui laisser l'occasion de faire une retraite stratégique. Mais c'est l'Europe qui ne doit pas perdre la face, pas la Russie, laquelle a perdu la face depuis longtemps. Elle n'a plus qu'un seul visage, celui de Poutine.