D’après les informations du New York Times,  https://www.nytimes.com/2018/09/06/world/europe/skripal-poison-russia-spy-spain.html 

skripal gru

Sergueï Skripal ne menait pas une vie tranquille de retraité à Salisbury. Il travaillait encore pour le MI6, lequel l’a envoyé briefer à plusieurs reprises les services secrets tchèques et estoniens. Il avait commencé également à collaborer très activement avec des agents de renseignement espagnols dans le cadre de leur enquête sur le réseaux mafieux de Poutine en Espagne. (C’est un pays qu’il connaissait bien : alors qu’il était membre du GRU, il avait été affecté dans les années 90 à l’ambassade russe à Madrid où il travaillait sous couverture en tant qu’attaché militaire. C’est là qu’il avait été retourné par les services de renseignement britanniques.)

Un parallèle intéressant : Litvinenko devait se rendre en Espagne pour témoigner devant un procureur espagnol sur les agissements de la mafia russe en Espagne et ses relations avec de hauts responsables politiques. Il fut empoisonné au Polonium quelques jours avant…

Voici ma traduction d’une interview sur Radio Svoboda de Boris Karpitchkov, ancien agent du KGB qui vit en Grande-Bretagne depuis 20 ans. https://www.svoboda.org/a/29476702.html

karpitchkov

Il déclarait en mars de cette année qu’il avait reçu le 12 février un message de quelqu’un appartenant aux services russes l’avertissant qu’un attentat se préparait contre Skripal et sept autres émigrés politiques, dont lui-même. Lors de son interrogatoire par les enquêteurs anglais en avril, il a déclaré que la personne derrière l’attentat contre Skripal est un officier du FSB de 54 ans répondant au nom de code « Gordon »

Radio Svoboda : Les conclusions de l’enquête dans l’affaire Skripal vous semblent-elles convaincantes ?

Karpitchkov : Non. J’ai de très sérieux doutes sur le fait que le GRU, aussi efficace soit-il, ait été capable d’organiser une telle opération. Il est possible que les deux figurants qu’on voit sur les photos à Londres et à Salisbury et qui ont été chargés du contrat aient servi au GRU à une époque, mais ils ont agi sous le contrôle absolu du FSB. Les opérations spéciales du GRU sont plutôt orientées vers des régions telles que la Tchétchénie, la Crimée, l’Abkhazie, l’Ossétie, le Donbass, l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan et dernièrement la Syrie. Ils y sont comme des poissons dans l’eau. Mais, d’après mon expérience,  ils ne vont pas « nager » ainsi dans les pays occidentaux, ils préfèrent occuper des postes d’attachés militaires dans les représentations diplomatiques, servir de curateurs pour les agents infiltrés ou couvrir des ventes d’armes. Le « nettoyage », ce n’est pas leur truc, ils se considèrent comme des cols blancs, à la manière du SVR. Par ailleurs, que l’empoisonnement de Skripal se soit produit juste après l’arrivée de sa fille Ioulia en Grande-Bretagne ne me paraît pas être une coïncidence

Radio Svoboda : Mais pourquoi vouloir assassiner sa fille ?

Karpitchkov : Elle pouvait, sans le savoir, être au courant de quelque chose qu’il fallait qu’elle oublie pour toujours. Vous vous souvenez qu’ils sont passés ce jour-là sous les radars pendant 3 heures, de 9h30 à 13h ? Où étaient-ils ?

Radio Svoboda : Quelles questions poseriez-vous aux enquêteurs si vous le pouviez ?

Karpitchkov : J’en ai plein. D’abord ce fameux voisin et sa femme qui ont conduit Skripal en voiture pour aller chercher Ioulia à l’aéroport le 3 mars. J’ai vécu 20 ans dans ce pays, et je peux vous assurer qu’il faut avoir une très longue amitié avec un anglais pour qu’il vous rende un tel service, d’autant plus que Londres et Salisbury, ce n’est pas la porte à côté…

Radio Svoboda : Ne trouvez-vous pas étrange le manque de professionnalisme de ces agents du GRU (ou du FSB selon votre version) qui s’envolent de Moscou puis y retournent et laissent tellement de traces ?

Karpitchkov : Même si je suis d’accord avec les conclusions de l’enquête quant à leur participation à cet attentat, je suis convaincu à 100% que ces deux-là ont eu en réalité d’autres fonctions que celles qu’on leur prête.

Radio Svoboda : Mais pourquoi avoir voulu se débarrasser de Skripal, et d’une manière si raffinée ? 

Karpitchkov : Je crois qu’on a voulu lui donner une bonne leçon définitive pour avoir trahi une seconde fois. Poutine a sans doute été averti que Skripal travaillait à nouveau sur la filière espagnole des organisations criminelles liées au Kremlin. C’est en tout cas ce qui s’est passé pour Litvinenko. Quant à la manière, elle n’est pas si raffinée que ça. L’empoisonnement est la marque de fabrique du FSB. Dans les années 90, on m’a proposé de me débarrasser de deux traitres de cette façon, parce qu’ils menaçaient une mission d’espionnage que je menais pour le FSB en Lettonie.

Radio Svoboda : Après le scandale qui a entouré le meurtre de Litvinenko, ils recommencent la même chose. C’est de la bêtise ou un jeu et une ruse ?

Karpitchkov : Ni une bêtise, ni un jeu. C’est une opération conçue avec le plus grand cynisme (bien qu’exécutée avec pas mal de maladresses) et qui a pour nom « exécution publique ».

Radio Svoboda : De quelles maladresses parlez-vous ?

Karpitchkov : Petrov et Bochirov, ou quels que soient leurs noms, ont tout simplement fait capoter l’affaire. Je répète que j’ai des raisons de penser qu’ils ne sont pas les exécutants directs de l’empoisonnement, mais des auxiliaires et les livreurs du Novitchok. Ce fut pareil avec l’affaire Litvinenko : en plus de Lougovoï et de Kovtoun, il y a eu au moins deux autres professionnels, l’un pour la coordination et l’autre chargé de suivre Litvinenko pour vérifier qu’il n’était pas suivi par les services britanniques. 

poutine poison

PS : Aux dernières nouvelles, ce n'est pas Trapeznikov "La Tomate" qui remplacera à la tête de la pseudo-république le marchand de volailles (celui qui a perdu toutes ses plumes à Donetsk au cours d'un chachlyk retentissant), mais Pouchiline, le fameux affairiste qui s'occupait de la pyramide financière MMM. 

pouchiline

zakhar